Soyez logique, soyez heureux ! La maîtrise du discours intérieur

stoïcisme logique pause mentale

La logique stoïcienne est la maîtrise du discours intérieur. Elle est directement liée à nos émotions, à nos prises de décision et à notre liberté intérieure. Sans un minimum de logique, nous risquons de souffrir des événements extérieurs et de devenir émotionnellement fragiles . Voici pourquoi.

Qu’est-ce que la logique stoïcienne ?

Qu’est-ce que la logique (logike) ? C’est l’une des 3 grandes parties du système stoïcien, avec la physique et l’éthique. La logique concerne l’étude du logos, c’est-à-dire de la raison, du langage et des arguments. Cela conduit à réfléchir sur la façon dont fonctionne le langage, la manière de poser un raisonnement valide et de repérer un raisonnement faux, la manière dont on acquiert des connaissances, l’art de bien parler et l’art de bien débattre. La logique est un domaine d’étude (et de pratique) bien plus vaste que ce qu’on entend aujourd’hui à travers ce mot.

La logique est si importante que Zénon, le fondateur du Stoïcisme, considère que c’est la première matière à étudier quand on veut pratiquer la philosophie. En effet, si bien penser, c’est bien vivre, comment bien penser si on ne sait pas comment penser ? La logique est un peu le guide d’utilisation de notre Raison. Et il faut d’abord lire les instructions avant de lancer la machine, non ?

C’est cette discipline qui permet de :

  • Savoir pourquoi on pense ce que l’on pense
  • Mieux comprendre et gérer ses jugements de valeur pour être moins affecté par les choses extérieures
  • Distinguer le vrai du faux, le probable de l’improbable
  • Donner son assentiment avec plus de prudence et savoir quand suspendre son jugement
  • Acquérir une compréhension des choses de plus en plus stable, valide, pertinente

Comprendre la logique de nos émotions grâce au Stoïcisme

Nos émotions ont leur propre logique. Et c’est justement en clarifiant la logique de nos émotions que nous pouvons reprendre le contrôle dessus.

Pour les stoïciens, une émotion est toujours le résultat d’un jugement. Un jugement est une opération de connaissance, un acte psychique (un récit, une interprétation, une croyance, un raisonnement, une comparaison…) qui entend dire quelque chose du réel.

Une émotion arrive en 4 étapes :

  1. La perception. Il pleut et mon esprit reçoit cette information passivement (cela s’imprime en lui)
  2. Le jugement de valeur. De façon plus ou moins simultanée et plus ou moins consciente, j’ajoute un jugement de valeur qui s’exprime à travers un discours intérieur tel que « il pleut et c’est dommage ».
  3. L’assentiment. Je prends conscience de mon jugement de valeur. Je peux alors donner mon assentiment (ou non) à celui-ci
  4. La réponse émotionnelle. Le fait d’avoir donné mon assentiment à un jugement de valeur provoque une émotion (tristesse, mélancolie, etc.)

Ce n’est pas la pluie qui me rend triste ou mélancolique, c’est mon jugement de valeur à propos de la pluie — certaines personnes s’amusent sous la pluie (les enfants, souvent), d’autres s’en plaignent. C’est pour cela que changer le jugement de valeur (ou le supprimer) permet de changer l’émotion.

Les exercices spirituels de la logique stoïcienne

De ce constat résultent plusieurs exercices spirituels qui permettent de mieux gérer ses émotions, comme :

  • la suspension de jugement : faire une pause mentale quand on prend conscience d’un jugement de valeur en soi et prendre le temps de l’analyser pour le neutraliser
  • la définition physique : décrire les choses en retirant les jugements de valeur, par exemple dire « il pleut, ça mouille » au lieu de « il pleut et ça me saoûle ! », ou encore « il a raté son concours » au lieu de « il doit être si triste d’avoir raté son concours, le pauvre ! »
  • la reformulation : changer le jugement de valeur négatif en un jugement de valeur utile pour soi, par exemple, se dire que l’on ressent de l’excitation plutôt que du stress avant de monter sur scène.

Marc Aurèle pratique par exemple l’exercice de la définition physique quand il cherche à décrire de façon plus objective certains objets qui suscitent des émotions de désir en lui :

Comme il est important de se représenter, à propos des mets recherchés et d’autres nourritures de ce genre : « Ceci est du cadavre de poisson, ceci est du cadavre d’oiseau ou de porc », et aussi : « Ce Falerne, c’est du jus de raisin », « Cette pourpre, c’est du poil de brebis mouillé d’un sang de coquillage ». Et, à propos de l’union des sexes : « C’est un frottement de ventre avec éjaculation, dans un spasme, d’un liquide gluant. »

Marc Aurèle, Pensées, VI,13 (traduction par Pierre Hadot dans Introduction aux Pensées de Marc Aurèle)

Toutes nos émotions proviennent donc de jugements qu’il est possible de maîtriser grâce à différents exercices spirituels.

Les passions : la conséquence d’une erreur de jugement

Nos émotions et nos jugements se construisent sur notre conception de ce qui est bien et de ce qui est mal. Ces conceptions sont plus ou moins conscientes. Lorsqu’il pleut et que cela vous frustre, vous avez une certaine conception du « mal » derrière votre peine. Lorsque vous vous réjouissez parce qu’il fait beau, vous avez certaine conception du « bien » derrière votre plaisir.

Toutes nos émotions résultent de 4 croyances (une forme de jugement) fondamentales :

tableau des 4 croyances : plaisir, désir, peine, peur
Les 4 croyances à l’origine de toute émotion

Ces émotions sont des passions (troubles de l’âme).

D’abord, car elles résultent d’un jugement erroné de ce qui est bien ou mal. Si je suis malade et que je ressens de la peine, c’est parce que je crois qu’il s’agit d’un mal. Pourtant, l’histoire montre qu’il existe des gens malades et heureux. Mon jugement n’est donc pas vrai puisque certaines personnes ne considèrent pas la maladie comme un mal.

Ensuite, car ces passions arrivent en-dehors de notre choix volontaire. Par exemple, si je gagne au loto, je vais ressentir du plaisir. Si je ne retrouve pas mon ticket gagnant, cela se transforme immédiatement en peine (et elle est aussi forte que le plaisir lui-même ne l’était). Ces émotions dépendent immédiatement du monde extérieur, ce qui peut créer beaucoup de troubles, pour soi et pour les autres.

Penser mieux pour vivre mieux : les bonnes affections

Selon la conception du bien et du mal que vous avez, votre système émotionnel change du tout au tout. C’est pour cela qu’il est très important d’avoir une conception du bien et du mal qui soit correcte et utile pour soi. En l’occurrence, les Stoïciens définissent clairement cela :

  • Bien : la vertu, l’excellence de caractère, le fait d’agir (en pensées et/ou en actes) avec prudence, modération, courage et justice
  • Mal : le vice, la médiocrité de caractère, le fait d’agir (en pensées et/ou en actes) avec précipitation, excès, lâcheté et injustice

Toute la philosophie stoïcienne consiste à apprendre à agir avec vertu, jusqu’à atteindre la sagesse. Dans cette conception, le bien unique est la vertu tandis que le mal unique est le vice. Si vous adoptez cette vision, vous pouvez ressentir de bonnes émotions (ou affections). Il y en a 3 : la joie, le souhait et la prudence. Elles s’opposent aux passions.

les 3 affections raisonnables : joie, souhait, prudence
Les 3 affections raisonnables

Qu’en est-il des événements comme : « je viens de perdre un proche » ou « j’ai gagné au loto ! » ? . Dans le Stoïcisme, perdre un proche n’est pas un mal en soi. Pourquoi ? Car cela n’empêche pas de pratiquer la vertu. Pour autant, les Stoïciens reconnaissent que ce n’est pas quelque chose de souhaitable. Ils appellent donc cela un indifférent non-préférable. Selon cette même logique, gagner au loto n’est pas un bien car cela n’empêche pas de tomber dans le vice. C’est aussi un indifférent, préférable cette fois. Pour ces 2 situations, le seul bien se situe dans le fait de réagir avec vertu face à l’événement et le seul mal de réagir avec vice.

Cette vision du bien et du mal (et des indifférents) vous transforme de l’intérieur. Comme le dit Pierre Hadot :

La définition stoïcienne du bien et du mal a pour conséquence de transformer totalement la vision du monde en dépouillant les objets ou les événements des fausses valeurs que les hommes ont l’habitude de leur attribuer et qui les empêchent de percevoir la réalité dans sa nudité.

Pierre Hadot, Introduction aux Pensées de Marc Aurèle (VI,2)

Comment pratiquer la logique stoïcienne dès aujourd’hui ?

Si les passions sont le résultat de jugements faux à propos du bien et du mal, vous pouvez donc changer la manière dont vous jugez les choses — par conséquent, la façon dont vous vous laissez affecter par les choses — en pratiquant les exercices suivants :

  • Définissez le bien unique comme la vertu et le mal unique comme le vice (et le reste comme des indifférents)
  • Suspendez vos jugements de valeur
  • Prenez de la distance en décrivant les choses sans y ajouter de jugement de valeur
  • Changez votre discours intérieur à propos des choses en quelque chose de neutre ou positif
  • Prenez conscience que tout cela dépend de vous

En intégrant ces pratiques dans votre quotidien, vous noterez des changements dans votre manière de penser et donc, de ressentir les choses. La pratique de la logique stoïcienne qui vous attend sera riche en émotions !

2 commentaires sur “Soyez logique, soyez heureux ! La maîtrise du discours intérieur

  1. Intéressant. Je suis d’accord sur les bienfaits de cette logique intérieure. Mais elle ne peut, selon moi, suffire. Les émotions négatives impactent aussi le corps. Et se diffusent, telles des énergies, pour venir créer des blocages énergétiques dans nos canaux. Pour retrouver beaucoup de joie de compassion et de sagesse, et des ressentis très agréables dans tout le corps, il y a d’autres méthodes, qui ont été développées plutôt en Orient telles que : le yoga, la méditation, les plantes médicinales par exemple, le massage ou l’auto-massage, l’acupuncture même. Donc je rejoins totalement tes idées développées dans ton article, j’ajoute juste cela en supplément : la logique est excellente, mais elle ne suffit pas, elle peut même parfois nuire (oui) : un excès de logique peut en effet nuire, il est bon de laisser aussi le mental de côté et de revenir à son corps et à ses ressentis, notamment par la méditation. La logique est cependant déjà très nécessaire, utile et bénéfique en effet, elle ne suffit cependant pas 😉. Notre pensée occidentale pourrait apprendre des pensées orientales, qui proposent d’autres modes de « pensée » que la seule logique. Une qui serait plus de l’ordre du ressenti, et un ressenti juste = une pensée juste d’après le grand docteur Vittoz, psychiatre, psychothérapeute et philosophe (nul donc besoin de passer par le développement de la logique, car ressentir ses ressentis correctement permet le développement d’une pensée cohérente, précise et juste 😉 ). Merci pour cet article, c’est bien que nous puissions apprendre et nous enrichir les uns des autres.

    Aimé par 1 personne

    1. Exactement, j’ajouterai peut-être un mot dans une mise à jour sur le fait que c’est une manière parmi d’autres de gérer ses émotions.

      L’article n’insiste pas là-dessus alors je le précise : la pratique de la logique stoïcienne n’est pas entièrement intellectuelle ; elle passe aussi par de la suspension de jugement par exemple, que l’on pourrait rapprocher de la méditation zen

      Aimé par 1 personne

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