Sommaire
- Définition du stoïcisme en 1 minute
- Les postulats du stoïcisme
- Quels sont les concepts clés du stoïcisme ?
- Les grandes figures du stoïcisme
- Qu’est-ce que le stoïcisme contemporain ?
Définition du stoïcisme en 1 minute
Le stoïcisme est une philosophie de vie fondée par Zénon de Kition à la fin du 4ᵉ siècle à Athènes. Le nom de stoïcisme vient de stoa, qui signifie portique en grec et qui correspond au lieu où Zénon délivrait son enseignement.
Le stoïcisme observe que l’être humain est un être rationnel et social, et qu’il s’épanouit ainsi en développant sa rationalité et sa socialité. Les stoïciens considèrent la raison comme un outil au service du bonheur individuel et collectif. Lorsqu’elle est correctement utilisée, elle garantit un lien harmonieux avec soi-même, les autres et la nature dans son ensemble. Elle permet d’accepter ce qui ne dépend pas de soi et de garder la maîtrise de nos désirs, jugements et représentations.
La méthode stoïcienne consiste à comprendre le monde (la physique) et à en déduire (grâce à la logique) des principes de vie (l’éthique) utiles à notre bonheur individuel et collectif. La physique, la logique et l’éthique sont ainsi les trois composantes de ce système. Elles se retrouvent dans le leitmotiv stoïcien : vivre (éthique) en accord (logique) avec la nature (physique)1.
Les postulats du stoïcisme
James Daltrey, un universitaire actif dans la communauté dite du « stoïcisme traditionnel2 », résume les convictions (ou observations, pour certains) du stoïcisme en cinq points clés3 .
Je trouve qu’il s’agit de l’une des meilleures présentations du système. Il parvient à donner un aperçu de sa richesse, tout en restant accessible :
- Le Monde, la Nature ou le Cosmos est réel, physique, régulier, ordonné et structuré, et constitue un lieu approprié dans lequel les humains, en tant que créatures naturelles, peuvent s’épanouir.
- Nous sommes naturellement adaptés à comprendre ces structures pour notre propre survie et épanouissement et, par l’intelligence et le langage, nous pouvons exprimer cette compréhension à nous-mêmes et aux autres, et les tester logiquement et de manière critique par rapport au monde.
- Individuellement et collectivement, au fil du temps, nous pouvons construire un système cohérent de connaissance du monde et de comment vivre en harmonie avec le monde, avec les autres et avec nous-mêmes.
- Cette connaissance de la manière de bien vivre est la vertu elle-même et le seul bien d’où découlent tous les autres bénéfices.
- L’univers lui-même, le Tout, toutes les choses appartenant au Tout, constituent la Nature, le Destin, Zeus, la providence. C’est un endroit adapté à l’épanouissement humain.
Ces cinq points clés donnent à voir l’entrelacement entre physique, éthique et logique et la dimension holistique du stoïcisme.
Quels sont les concepts clés du stoïcisme ?
Certains concepts du stoïcisme sont parfois mal compris. Le sens du mot vertu ou passion est par exemple différent dans le stoïcisme, par rapport au sens moderne.
Voici quelques termes récurrents qui vous permettront de vous familiariser avec les idées stoïciennes. La liste n’est pas exhaustive, mais suffisamment complète pour que vous maîtrisiez les fondements du stoïcisme.
La vertu (aretê)
La vertu est la seule chose véritablement bonne en elle-même, suffisante pour atteindre le bonheur (eudaimonia). Tout le reste, comme la richesse, la santé ou la réputation, est considéré comme indifférent, c’est-à-dire ni bon, ni mauvais en soi, mais simplement des choses que l’on peut utiliser de manière vertueuse ou non.
La vertu est une disposition stable et inébranlable de l’âme qui consiste à vivre en accord avec la nature, c’est-à-dire la raison universelle (le logos ou Dieu). Elle est divisée en quatre grandes vertus cardinales :
- La sagesse (sophia) : c’est la capacité à discerner le bien du mal, à prendre des décisions éclairées et à comprendre la nature des choses.
- Le courage (andreia) : c’est la capacité à faire face aux difficultés, à la peur et à la douleur sans perdre son calme ou sa détermination.
- La justice (dikaiosynè) : c’est la disposition à traiter les autres de manière équitable, à respecter les droits et à agir de manière désintéressée pour le bien de la communauté.
- La tempérance (sôphrosynè) : c’est la capacité à modérer ses désirs et ses passions, à contrôler ses impulsions et à vivre avec sobriété et discipline.
Les stoïciens affirment que seule la vertu est un bien véritable, car elle est la seule chose qui est entièrement sous notre contrôle. Toutes les autres choses extérieures sont sujettes à la fortune et aux circonstances, et ne peuvent donc pas être considérées comme des biens ou des maux en soi. Ainsi, pour atteindre le bonheur, il faut mener une vie conforme à la raison, en cultivant les vertus et en se détachant des choses extérieures.
Le stoïcisme n’est pas seulement une théorie, mais un mode de vie. Les stoïciens insistent sur la pratique constante de la vertu à travers l’examen de soi, la méditation et la mise en application des principes stoïciens dans les situations quotidiennes. Il s’agit de développer une force intérieure qui permet de rester serein et rationnel en toute circonstance, en cherchant toujours à agir de manière juste et sage.
Le vice (kakos)
Le vice est l’opposé de la vertu. Alors que la vertu est la seule chose considérée comme véritablement bonne et capable de mener au bonheur, le vice est vu comme la seule chose véritablement mauvaise, car il conduit à l’ignorance, à la souffrance morale, et à une vie en désaccord avec la raison et la nature.
Le vice, pour les stoïciens, est une disposition de l’âme qui consiste à vivre en désaccord avec la nature, c’est-à-dire en opposition à la raison universelle (le logos ou Dieu). Le vice est le résultat d’une mauvaise utilisation de notre capacité rationnelle, qui conduit à des actions, des pensées et des émotions qui sont irrationnelles et destructrices. Il est associé à la fausse croyance que des choses extérieures à notre contrôle, comme la richesse, la santé ou la renommée, sont nécessaires ou suffisantes pour être heureux.
De la même manière que la vertu se divise en quatre vertus cardinales, le vice se manifeste à travers des défauts opposés à ces vertus :
- L’ignorance (agnoia) : c’est l’opposé de la sagesse. Elle consiste à ne pas discerner le bien du mal, à être trompé par des apparences ou des jugements erronés, et à agir de manière irrationnelle.
- La lâcheté (deilia) : c’est l’opposé du courage. Elle se manifeste par la peur excessive, l’évasion des défis, l’incapacité à supporter la douleur ou l’inconfort, et par une attitude de faiblesse face aux épreuves.
- L’injustice (adikia) : c’est l’opposé de la justice. Elle se traduit par un comportement égoïste, la malhonnêteté, l’exploitation d’autrui, ou le non-respect des droits et des besoins des autres.
- L’intempérance (akolasia) : c’est l’opposé de la tempérance. Elle se manifeste par l’excès, le manque de contrôle des désirs et des passions, l’indulgence excessive et la vie dissolue.
Pour les stoïciens, le vice est la source de la souffrance humaine. Il crée des troubles émotionnels, des conflits intérieurs et un désaccord avec la nature rationnelle de l’homme. Ceux qui vivent dans le vice sont dominés par des passions irrationnelles comme la colère, la peur, l’envie et la cupidité, ce qui les éloigne du bonheur véritable.
Le stoïcisme propose une forme de « thérapie » philosophique pour guérir du vice. Cela passe par l’entraînement de la raison, la méditation sur les principes stoïciens, l’examen de soi, et la pratique constante des vertus. En cultivant la sagesse, le courage, la justice, et la tempérance, on peut progressivement éliminer les vices et mener une vie vertueuse, alignée avec la nature.
Les indifférents (adiaphora)
Les indifférents désignent les choses extérieures qui n’affectent pas notre vertu ou notre bonheur. Les stoïciens divisent les indifférents en deux catégories : les préférables (par exemple, la santé, la richesse, la réputation) et les non-préférables (par exemple, la maladie, la pauvreté, la disgrâce).
Cependant, ni l’un ni l’autre ne sont considérés comme intrinsèquement bons ou mauvais ; ce sont simplement des choses avec lesquelles nous pouvons avoir un usage vertueux ou non.
Ce qui dépend de moi et ce qui n’en dépend pas
La distinction entre les choses qui dépendent de moi et celles qui n’en dépendent est au cœur de la philosophie stoïcienne. Ce concept ouvre le fameux Manuel d’Épictète :
« Parmi les choses, les unes dépendent de nous, les autres n’en dépendent pas. Dépendent de nous, d’une part, le jugement, l’impulsion, le désir, l’aversion et en un mot toutes nos activités propres. Ne dépendent pas de nous, d’autre part, le corps, nos biens matériels, les opinions que les autres ont de nous, les magistratures et en un mot tout c qui n’est pas notre activité propre4. »
Cette distinction guide l’individu vers une vie plus sereine et vertueuse. Elle suggère de diriger son attention et ses efforts uniquement sur ce qui dépend véritablement de soi.
Ce qui dépend de nous comprend ainsi :
● nos jugements — la façon dont nous percevons et interprétons les événements extérieurs.
● nos désirs et aversions — ce que nous choisissons de poursuivre ou d’éviter, en fonction de notre compréhension du bien et du mal.
● nos actions — les choix et les comportements que nous adoptons en réponse aux situations que nous rencontrons.
En revanche, tout ce qui est en dehors de notre esprit et de notre volonté est considéré comme n’étant pas sous notre contrôle, c’est-à-dire les événements extérieurs et réactions des autres (les conditions de la vie, la richesse, la santé, la renommée, les relations, les circonstances, les phénomènes naturels, le hasard et le destin…)
La pratique stoïcienne consiste à reconnaître cette distinction et à agir en conséquence.
La passion (pathos)
La passion (en grec, pathos) est considérée comme une perturbation de l’âme, une émotion excessive et irrationnelle qui trouble la raison et mène à des actions contraires à la vertu. Les stoïciens voient les passions comme des maladies de l’âme, qui naissent de jugements erronés sur ce qui est bon ou mauvais. Elles sont considérées comme une forme de vice et sont en opposition directe avec l’idéal stoïcien de vivre selon la raison et en harmonie avec la nature.
Les stoïciens classent les passions en quatre catégories, chacune correspondant à une mauvaise évaluation des biens ou des maux :
- Le désir (epithumia) : c’est la passion qui surgit lorsqu’on désire intensément quelque chose qu’on pense être un bien. Le problème, selon les stoïciens, c’est que ce désir est souvent dirigé vers des choses indifférentes ou extérieures à notre contrôle, comme la richesse, la renommée ou les plaisirs corporels.
- La crainte (phobos) : C’est la passion qui naît de la perception d’un mal futur. Elle se manifeste par la peur ou l’anxiété face à des événements que l’on redoute, comme la maladie, la pauvreté ou la mort.
- Le plaisir (hêdonê) : Ce type de passion est une réaction excessive à la possession ou à l’acquisition de ce que l’on croit être un bien. Elle peut se manifester par une exubérance excessive ou une euphorie qui n’est pas fondée sur la raison.
- La douleur (lupê) : C’est la passion qui résulte de la perception d’un mal présent. Elle se manifeste par la déprime, le chagrin, ou la détresse face à des événements perçus comme mauvais.
Les stoïciens distinguent les passions irrationnelles des « bons sentiments » (eupatheia), qui sont des états émotionnels rationnels et modérés. Les bons sentiments incluent des émotions positives comme la joie, le désir rationnel (par exemple, l’amour pour la vertu), et une forme de prudence (qui est la version rationnelle de la crainte, appliquée à la vertu). Ces émotions sont alignées avec la raison et ne perturbent pas l’âme.
Pour les stoïciens, l’objectif est de vivre une vie exempte de passions irrationnelles, c’est-à-dire de devenir un sage (sophos). Cela ne signifie pas éliminer toutes les émotions, mais plutôt transformer les passions irrationnelles en bons sentiments rationnels. Cette transformation passe par un travail sur soi, qui consiste à réviser nos jugements erronés sur ce qui est véritablement bon ou mauvais. Par la pratique de la philosophie stoïcienne, on apprend à accepter ce qui est en dehors de notre contrôle, à désirer uniquement ce qui est aligné avec la vertu, et à maintenir une tranquillité d’esprit face aux événements de la vie.
Le concept de l’apathie (apatheia) dans le stoïcisme n’est pas l’absence totale d’émotion, comme on pourrait le croire en se fondant sur le sens moderne du terme, mais plutôt l’absence de passions destructrices. L’apathie est l’état dans lequel l’âme n’est plus troublée par les passions irrationnelles et où elle reste calme, sereine et rationnelle en toutes circonstances.
Le sage (sophos)
Le sage est l’idéal stoïcien, une figure qui incarne la perfection morale et la maîtrise totale de la raison. Bien que les stoïciens reconnaissent que peu de gens atteignent cet état, le sage reste un modèle à suivre. Le sage est totalement vertueux, vit en harmonie avec la nature et la raison, et est libre de toute passion irrationnelle. Il est imperturbable face aux aléas de la vie et considère que seul le bien moral est digne de valeur.
Dieu (la nature, le destin, Zeus, le logos)
Dans le stoïcisme, Dieu est souvent assimilé à la raison universelle (le logos), à la nature ou au destin. Les stoïciens croient en un cosmos ordonné et rationnel, régi par des lois naturelles qui sont l’expression de la volonté divine. Ce Dieu n’est pas un être anthropomorphe, mais plutôt une force omniprésente et immanente qui guide l’univers et en assure l’harmonie. Les stoïciens utilisent parfois le nom de Zeus pour désigner cette force divine, tout en sachant qu’il ne s’agit pas du Zeus des mythes grecs, mais d’une métaphore pour la raison cosmique.
Selon cette conception, tout ce qui arrive est le résultat de la volonté divine ou du destin, un enchaînement nécessaire des événements dicté par la nature. Les êtres humains, en tant que parties intégrantes de ce tout, doivent accepter leur place dans cet ordre universel et s’efforcer de vivre en accord avec la nature. Cela signifie accepter les événements extérieurs comme étant voulus par la Providence, tout en se concentrant sur le développement de la vertu, qui est la seule chose qui dépend véritablement de nous.
L’oikeiôsis ou sentiment d’appropriation
L’oikeiôsis est le processus par lequel les êtres humains développent un sentiment d’affinité ou d’appartenance avec eux-mêmes et avec les autres. C’est grâce à l’oikéiôsis que nous cherchons ce qui est bon pour soi, et rejetons ce qui est mauvais, comme le font instinctivement tous les êtres vivants.
Initialement, ce concept désigne l’instinct naturel de conservation, mais il s’étend ensuite à une identification plus large avec la communauté humaine et même avec l’univers.
Pour les stoïciens, l’oikeiôsis fonde la base du devoir social et de la justice, car elle pousse à traiter les autres avec bienveillance, à les considérer comme des membres de notre famille, et à agir pour le bien commun.
La sympathie (sympatheia)
La sympathie, dans le sens stoïcien, ne se limite pas à la compassion humaine, mais désigne une interdépendance entre tous les éléments de l’univers. Les stoïciens croient que tout dans le cosmos est connecté, et que chaque action ou événement influence l’ensemble. Cette conception renforce l’idée que nos actions, même les plus petites, ont des répercussions sur le monde, et qu’il est de notre devoir de contribuer à l’harmonie universelle en agissant selon la raison et la justice.
La prohairesis ou faculté de choix
La prohairesis est un concept central dans le stoïcisme, souvent traduit par « volonté » ou « capacité de choix moral ». Elle désigne la faculté de l’esprit humain de faire des choix rationnels en accord avec la vertu. C’est ce qui dépend véritablement de nous, selon les stoïciens, et c’est là que réside notre véritable liberté. En cultivant une prohairesis droite, c’est-à-dire alignée avec la raison et la vertu, on peut rester maître de soi-même, quelles que soient les circonstances extérieures.
Pour un glossaire plus exhaustif, vous pouvez consulter la page concepts clés du stoïcisme de Stoa Gallica.
10 grandes figures du stoïcisme
À l’origine de ces concepts clés, il y a de nombreux penseurs et pratiquants de stoïcisme. En voici quelques uns, souvent cités.
1. Zénon de Kition (c. 334 – 262 av. J.-C.)
Zénon de Kition est le fondateur du stoïcisme. Né à Chypre, il commence ses études philosophiques à Athènes après avoir survécu à un naufrage. Zénon a établi les principes fondamentaux du stoïcisme, en mettant l’accent sur la vertu comme le bien suprême et en introduisant l’idée que la sagesse et la vertu sont la seule source de bonheur véritable. Ses enseignements ont été compilés dans ses dialogues et traités, bien que très peu de ses écrits originaux aient survécu.

2. Cléanthe (c. 330 – 232 av. J.-C.)
Cléanthe, successeur de Zénon à la tête de l’École stoïcienne, est connu pour ses contributions à la philosophie stoïcienne, en particulier pour son « Hymne à Zeus ». Il y exprime la vision stoïcienne de la divinité et de l’ordre cosmique. Cléanthe a continué à développer les idées de son maître et a contribué à la systématisation de la doctrine stoïcienne. Son influence a jeté les bases pour les développements ultérieurs du stoïcisme.

3. Chrysippe de Soles (c. 280 – 206 av. J.-C.)
Chrysippe est souvent considéré comme le deuxième fondateur du stoïcisme en raison de son rôle important dans le développement et la systématisation de la philosophie stoïcienne. Il a écrit de nombreux traités sur des sujets variés. Il a approfondi les concepts stoïciens, notamment en ce qui concerne la logique et la théorie des émotions, et a renforcé la cohérence interne de l’école, en répondant aux critiques des sceptiques.

4. Panétios (c. 185 – 110 av. J.-C.)
Panétios est l’un des premiers stoïciens à introduire le stoïcisme à Rome. Il s’intéresse particulièrement aux thèmes de la philosophie morale et des sciences naturelles, ce qui aura pour effet de séduire les Romains. Panétios est connu pour ses contributions à la théorie des rôles et des devoirs, qui inspirera notamment Cicéron. Son stoïcisme comprend quelques éléments platoniciens et aristotéliciens : il soutient par exemple l’idée que la vertu n’est peut-être pas totalement suffisante pour être heureux, et que certains biens matériels sont aussi requis.

5. Posidonios (c. 135 – 51 av. J.-C.)
Posidonios était un stoïcien grec ainsi qu’un scientifique (astronome, mathématicien, géographe, historien, philologue et météorologue). Disciple de Panétios, Posidonios lui succède pour devenir le sixième chef de l’école stoïcienne. Il fonde alors sa propre école à Rhodes, qui sera fréquentée par Cicéron. Comme Panétios, son approche du stoïcisme est influencée par Platon et Aristote, ce qui lui permet de répondre aux attaques des sceptiques. Ses écrits, bien que largement perdus, ont eu une grande influence sur ses contemporains et ses successeurs. Posidonius a contribué à l’élargissement des aspects éthiques, politiques et scientifiques du stoïcisme, en combinant les enseignements stoïciens avec des études sur l’histoire naturelle et la psychologie humaine.

6. Caton d’Utique (95 – 46 av. J.-C.)
Caton d’Utique est un homme politique romain et un stoïcien célèbre pour son intégrité et son courage. Il a notamment choisi de se suicider plutôt que de se soumettre à la domination de Jules César. Caton est souvent présenté comme un modèle de vertu stoïcienne, et un martyr, et parfois même comme un Sage, chose rarissime dans le stoïcisme. Certains historiens modernes apportent toutefois quelques nuances : le héros stoïcien aurait eu des réactions contraires au stoïcisme par moment, comme le chagrin, la colère ou le désespoir. Il reste en tout cas une influence forte de l’histoire et de l’imaginaire stoïcien.

7. Sénèque (4 av. J.-C. – 65 ap. J.-C.)
Sénèque, philosophe, homme d’État et dramaturge romain, est l’une des figures les plus influentes du stoïcisme romain. Ses écrits, notamment ses Lettres à Lucilius et ses traités philosophiques, ont popularisé les idées stoïciennes à Rome et les ont rendues accessibles à un large public. Sénèque a mis l’accent sur la pratique de la philosophie comme un moyen de mener une vie vertueuse, et comme outil de consolation. Condamné à mort par l’empereur Néron, dont il fut le précepteur, Sénèque est l’auteur stoïcien avec le plus d’écrits ayant survécu jusqu’à nos jours.

8. Musonius Rufus (c. 25 – 95 ap. J.-C.)
Musonius Rufus était le maître d’Épictète. Son enseignement était résolument pratique. Le philosophe romain a soutenu que la philosophie devait être vécue concrètement, en mettant l’accent sur la simplicité, l’égalité des sexes en matière d’éducation et la vertu comme fondement d’une vie harmonieuse. Ses discours et ses fragments nous sont parvenus à travers les écrits de ses élèves. Certains scholarques modernes le considèrent comme le « Socrate Romain » et sa réputation était telle, que certains le considèrent comme le troisième fondateur du stoïcisme, après Zénon et Chrysippe.

9. Épictète (c. 50 – 130 ap. J.-C.)
Épictète, ancien esclave devenu maître de sa propre école de philosophie à Nicopolis, est une figure centrale du stoïcisme romain. Ses enseignements, compilés par son élève Arrien dans les Entretiens et le Manuel mettent l’accent sur la distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. Épictète prône la liberté intérieure, obtenue par la maîtrise des désirs et des émotions, et insiste sur la dimension divine de la raison. Ses idées sont pratiques et accessibles, parfois proches des cyniques.

10. Marc Aurèle (121 – 180 ap. J.-C.)
Marc Aurèle, empereur romain et philosophe stoïcien, est connu pour ses Pensées pour moi-même, un recueil de réflexions personnelles qui abordent des thèmes universels. Ces écrits offrent un aperçu de sa pratique personnelle du stoïcisme et de son application des principes stoïciens dans sa vie quotidienne et son règne. Ses réflexions continuent d’inspirer de nombreux lecteurs aujourd’hui.
Fait notable : l’empereur philosophe a également créé et financé quatre chaires d’enseignement à Athènes, pour revitaliser les courants de pensée dominants à son époque et offrir aux habitants de la cité la possibilité d’embrasser le mode de vie philosophique. Le stoïcisme connaîtra alors un dernier sursaut avant d’être absorbé par la philosophie et religion chrétienne.

Qu’est-ce que le stoïcisme contemporain ?
Aujourd’hui, le stoïcisme connaît un renouveau, parfois appelé « stoïcisme contemporain » ou « stoïcisme moderne ». Cela renvoie à plusieurs phénomènes.
D’abord, à un mouvement intellectuel et universitaire qui commence à la fin du 20ᵉ siècle avec, notamment, la publication du livre de Lawrence C. Becker, A New Stoicism et les travaux de philosophes universitaires comme Philippa Foot, Alasdair MacIntyre, Martha Nussbaum ou encore Pierre Hadot en France.
Ensuite, à l’émergence, au début des années 2000, de cercles de réflexion autour du Stoïcisme. Ils apparaissent d’abord dans des milieux plutôt fermés (type universitaire) en Angleterre et aux États-Unis, puis s’ouvrent et se retrouvent dans des pays de plus en plus nombreux (en Afrique, Asie et Amérique latine, en plus de l’Europe et de l’Amérique du Nord). Ces groupes sont réels ou virtuels. Ils sont constitués en association (par exemple, Stoa Gallica pour le monde francophone) ou de façon libre.
Finalement, à un ensemble de phénomènes « grand public » comme :
- le développement d’événements autour du Stoïcisme : la semaine stoïcienne, la Stoicon, journées d’études, etc.
- l’émergence et le développement de nombreux sites internet spécialisés ;
- une plus grande présence sur les réseaux sociaux d’individus intéressés par le Stoïcisme ;
- une augmentation des ventes (et des productions) de livres consacrés à ce courant philosophique.
Le stoïcisme contemporain cherche à reconstruire et à actualiser, si nécessaire, les principes du stoïcisme, pour répondre aux besoins et aux enjeux d’aujourd’hui. Il comprend différents courants (certains se concentrent uniquement sur l’éthique, d’autres veulent réintégrer la logique et la physique), et de nombreuses personnalités, comme Ryan Holiday, Massimo Pigliucci, Donald Robertson, John Sellars ou encore Nancy Sherman.
La doctrine de Zénon avait déjà connu un renouveau au moment de la Renaissance. Des penseurs chrétiens, sous l’impulsion de Juste Lipse (1547-1606) avaient adapté le stoïcisme aux thèses de leur religion, pour répondre aux préoccupations de leur époque. Il s’agit du néo-stoïcisme, ou stoïcisme chrétien. Cependant, ce mouvement n’était pas aussi socialement structuré et « grand public » que celui du stoïcisme contemporain, avec ses groupes, associations et rencontres.
Vous maîtrisez à présent certains fondamentaux du stoïcisme : quelques concepts clés, une partie de son histoire et de ses grandes figures, ainsi que son actualité. Chaque point mentionné dans cette introduction est un fil qui, si vous le tirez, vous emmènera dans un univers riche et foisonnant. Les auteurs stoïciens, qu’ils soient antiques ou contemporains, sont nombreux. Si vous vous sentez l’âme d’un stoïcien, il ne vous reste plus qu’à explorer cet univers qui vous veut du bien !
Cet article vous a plu ?
- Merci à Jérôme Robin pour cette judicieuse observation.
↩︎ - Le stoïcisme traditionnel cherche à comprendre et, si besoin, actualiser non seulement l’éthique mais aussi la physique et la logique du stoïcisme. C’est une différence avec d’autres mouvements contemporains, qui s’intéressent surtout à l’éthique.
↩︎ - Ces cinq points clés ont notamment été partagés sur le groupe Facebook « traditional stoicism » (traduit en français par mes soins).
↩︎ - ÉPICTÈTE (2020). Manuel (traduit par O. D’Jeranian). Flammarion.
↩︎
Intéressant
Merci pour ce travail, écriture claire, complète et synthétique, merci