Newsletter #11 — un texte stoïcien inédit, découvert dans les papyrus d’Herculanum !

Juillet 2026. Vivre le stoïcisme aujourd’hui. Numéro 11

Une fois par mois, cette newsletter vous offre du contenu inédit : des exercices pratiques, des réflexions contemporaines et/ou un tour d’horizon de l’actualité du stoïcisme. Si son contenu vous plaît, vous pouvez me soutenir en réalisant un don en bas de page. Votre soutien est précieux, merci ! 🙂

🪶 Édito

J’écris cet éditorial depuis un chalet dans les Alpes, une petite parenthèse par rapport à ma vie citadine de Paris. J’entends les oiseaux, mon regard se perd au loin dans les montagnes, l’air est frais. À Paris, on est très tôt accueilli par le bruit de la circulation, des sirènes de police ou d’ambulance. Ici, tout est calme. Là-bas, tout est bruyant. Ici, on croise peu de monde. Là-bas, on doit sans cesse contourner piétons, voitures et cyclistes. Comme beaucoup de gens, le calme de la nature me calme en retour. Quand on regarde une montagne, je trouve qu’il est facile de juste regarder la montagne et rien d’autre. J’ai eu cette pensée : « nous ne sommes pas faits pour vivre dans des villes si densément peuplées ».

Et puis, en réalité, si. Nous sommes faits pour vivre dans des villes densément peuplées. Nous sommes faits pour vivre dans des villages de montagne. Nous sommes faits pour vivre partout où cela est possible. 350 000 personnes vivent à Iakoutsk, ville sibérique où les températures atteignent -40 degrés. D’autres vivent à Hong-Kong, avec une densité de population absurde de 5 300 personnes au km carré. Ce n’est pas la nature qui me calme, c’est mon esprit qui se calme lui-même, aidé par la nature. Alors, pourquoi ne pourrait-on pas s’apaiser dans d’autres contextes, parfois plus compliqués ? C’est tout l’enjeu du stoïcisme : ne pas avoir besoin d’un environnement calme et apaisé pour maintenir son propre calme et apaisement. C’est une qualité humaine qui favorise notre épanouissement.

Comment parvenir à ce détachement vis-à-vis de notre environnement ? Je crois qu’il faut une forme de dialectique. D’un côté, nous sommes forgés par les épreuves et les circonstances : c’est l’environnement qui façonne notre force de caractère. De l’autre, une fois forgée, cette force de caractère nous permet à son tour de résister au poids de l’environnement, de nous en protéger. Les circonstances nous construisent ; ensuite, ce que nous sommes devenus n’a plus vraiment besoin des circonstances. C’est exactement le voyage d’Ulysse, qu’on retrouve ce mois-ci porté à l’écran par Christopher Nolan : chaque île, chaque tempête le façonne un peu plus, jusqu’à ce qu’il devienne assez lui-même pour traverser n’importe quelle épreuve sans se perdre. On retrouve la même dialectique, à plus petite échelle, chez les « bimbos stoïques » dont je vous parle plus bas : elles partent d’un donné qu’elles n’ont pas choisi (leur apparence) pour construire, par l’acceptation, une force qui ne dépend plus du regard extérieur. C’est aussi tout l’enjeu qu’explorera la Journée stoïcienne en octobre : distinguer ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas pour agir sans être impacté ou influencé négativement par un environnement anxiogène.

Alors, où que vous lisiez cette newsletter, dans le brouhaha du métro ou le silence d’un chalet, je vous souhaite de trouver ce calme qui ne dépend de rien d’autre que de vous. Bonne lecture !

Sommaire


🗓️ Journée stoïcienne 2026 à Paris : réservez votre place dès maintenant !

Save the date ! Le 10 octobre, Stoa Gallica organise à Paris l’unique événement français entièrement dédié au stoïcisme aujourd’hui. Cette année, le thème est brûlant d’actualité : « Stoïcisme et écologie ». Conférences, ateliers pratiques, échanges entre passionné… de quoi nourrir sa réflexion et repartir avec des outils concrets. Les places sont limitées, mieux vaut réserver tôt.

👉Je réserve ma place

📌 À la Une : un texte inédit sur l’éthique, l’art et le comportement humain dans la tradition stoïcienne

Depuis quelques mois, les rouleaux de papyrus de l’Antiquité font régulièrement l’actualité dans la presse spécialisée. En juin, c’est le rouleau PHerc 1667 qui a pu être partiellement décrypté grâce à l’intelligence artificielle. Le texte évoque des notions stoïciennes comme la phronèsis (prudence), la raison et la passion. L’auteur écrit : « Nous chercherons à comprendre quelque chose, mais nous ne le saisirons pas, si, d’une manière ou d’une autre, nous nous éloignons de nous-mêmes et de notre propre nature ». La technologie utilisée ici pourra être répliquée pour déchiffrer d’autres écrits. Les mois à venir s’annoncent forts en rebondissements pour les amateurs de la philosophie stoïcienne, et plus généralement des philosophies de l’Antiquité.

👉 Pour découvrir l’histoire du déchiffrage du rouleau PHerc 1667

👉 Pour en savoir plus sur la technologie utilisée

🦊 Les bimbos stoïques : une réappropriation féministe du stoïcisme

Illustration par Mara Dettman.

L’association de « bimbo » et de « stoïque » a de quoi surprendre. Derrière cette expression, on retrouve une tendance émergente (sur TikTok notamment) de femmes qui contestent les diktats de beauté patriarcaux et s’approprient le stoïcisme dans un travail d’acceptation de soi. Dans un premier temps, la bimbo stoïque identifie son visage à celui d’un animal, qui devient alors l’animal totem : un nez aquilin permet l’identification à un faucon, un visage en rondeur à un ours, etc. Le constat est alors le suivant : ces animaux sont beaux en eux-mêmes, alors pourquoi les êtres humains aux traits de visages approchants ne seraient-ils pas beaux non plus ? L’animal totem aide à l’acceptation de soi et conduit ensuite vers le stoïcisme : accepter ce qui ne dépend pas de soi (son apparence physique… et tout le reste). La bimbo stoïque est bimbo dans le sens où elle rayonne comme elle est, en-dehors de la norme de beauté imposée par le regard masculin. Si l’on peut s’interroger sur ce stoïcisme autocentré sur son propre corps, on peut aussi se réjouir qu’il soit ainsi approprié par de jeunes générations, qui auront loisir d’explorer davantage cette philosophie par la suite.

👉Je découvre l’histoire racontée par Courrier international

✊ Un blocage lycéen permet la découverte d’une villa romaine antique !

L’établissement scolaire qui abritait un vestige archéologique

Cette histoire est un bel exemple de sérendipité, ces découvertes qui résultent du hasard des circonstances. À Rome, en janvier 2021, des lycéens protestent contre les cours à distance. Ils bloquent le lycée plusieurs jours et y campent la nuit. À l’occasion d’une exploration nocturne improvisée, ils arrivent face à une étrange porte verrouillée au fond de la cave de l’établissement. À la fin de leur protestation, ils informent leur professeure d’histoire et de latin. Elle prend la suite de l’enquête. Résultat : 5 ans plus tard, en mai 2026, les archéologues présentent leur première étude du site. Il s’agit d’une veille villa ornée de fresques, qui date de l’âge d’or de l’Empire romain (époque d’Hadrien et de Marc Aurèle). Les archéologues sont ravis. La science avance. On ne sait pas si les cours à distance ont été annulés en revanche.

👉 Je découvre l’histoire complète.

🎓 Bac 2026 en France : Sénèque le stoïcien à l’honneur en latin

L’épreuve de Littérature, Langues et Cultures de l’Antiquité (LLCA) Latin s’est appuyée sur un extrait de Médée de Sénèque, le philosophe stoïcien des Lettres à Lucilius. Le passage en question montrait l’inverse de l’idéal stoïcien : Médée submergée par la passion, loin de toute maîtrise de soi. Les candidats devaient traduire le moment où l’héroïne évoque les crimes commis par amour, en travaillant sur le vocabulaire (« scelus ») et la grammaire. La seconde partie mettait ce texte en regard avec Antigone de Sophocle et Manhattan Medea de Dea Loher, autour du deuil fraternel et de ses conséquences tragiques, une manière d’interroger, comme Sénèque lui-même, la place des passions face à la raison.

👉 Le site Studyrama en propose un corrigé ici

🇨🇭 En Suisse, Marc Aurèle s’invite dans le street art

S’il en fallait une, voici encore une preuve de la popularité du stoïcisme aujourd’hui. En Suisse, près de la gare d’Avenche, l’artiste César Malfi a réalisé un gigantesque portrait en graffiti de Marc Aurèle, de 30 mètres sur 10. L’oeuvre a été réalisée dans le cadre du festial d’art urbain ArtiChoke.

👉 Découvrir la vidéo sur l’Instagram de l’artiste.

⚔️ Ulysse devient un héros de cinéma

Les stoïciens n’ont pas attendu Marvel pour aimer les récits d’épreuves initiatiques. Ils lisaient déjà l’Odyssée comme un cheminement de l’âme : Ulysse, dit « polutlas », l’endurant, l’éprouvé, ne se réalise qu’en traversant les épreuves. Un peu comme nos super-héros modernes, forgés par leurs combats plus que par leurs pouvoirs. C’est ce voyage que Christopher Nolan porte à l’écran avec Matt Damon, face au cyclope Polyphème, aux Sirènes et à Circé.

Sortie prévue le 15 juillet !

📃 [Publication] Peut-on aimer sans s’attacher ?

Peut-on aimer sans s’attacher ? C’est la question que pose l’article de Pascal David publié dans les Cahiers de philosophie de l’université de Caen (2026). Simone Weil y développe une idée radicale : notre amour naturel, celui qui s’accroche aux êtres et aux choses, fonctionne « en cannibale », cherchant toujours sa propre satisfaction. Elle lui oppose un amour détaché de tout objet, nourri par l’amor fati stoïcien de Marc-Aurèle : aimer l’ordre du monde tel qu’il est, sans rien en attendre en retour. Un détachement qui rejoint, par un autre chemin, l’acceptation stoïcienne de ce qui ne dépend pas de nous.

👉 Je lis l’étude

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