28 jours de douche froide en hiver

« Travaillez dur à vous accomplir en développant vos capacités. »

Dans cette citation de Sénèque, le travail n’est pas à entendre au sens contemporain mais plutôt au sens de discipline. L’aphorisme ci-présent illustre ainsi l’importance d’une certaine discipline pour s’accomplir et mener une vie véritablement humaine. C’est dans cette optique que j’ai décidé de m’intéresser plus précisément au développement personnel et de me lancer dans un exercice plutôt cynique : ne pas prendre une seule douche chaude durant tout le mois de février.

  • À l’origine du défi

L’idée d’un tel défi provient de la vidéo de la chaîne YouTube Autodisciple, gérée par Raj, qui met en avant différents outils et exemples de développement personnel dans ses réalisations :

  • Pourquoi se fixer un cadre temporel limité ?

Si ce genre de challenge moderne est limité dans le temps (les 28 jours de février pour ma part), c’est parce qu’il prend en compte la « nature » de la volonté, qui ne dépend pas complètement de « soi », mais aussi de son organisation, du contexte, de ses connaissances sur soi-même. En sachant comment fonctionne la motivation, tout le monde est en mesure de l’accroître.

Dans une autre vidéo, Raj explique que les projets 30 jours sont l’œuvre d’un auteur américain, Steve Pavlina.

Ce dernier se fonde sur une « approche un peu plus rigoureuse et intelligente » du développement personnel. Son idée est la suivante : en essayant quelque chose de nouveau pendant 30 jours, les abandons sont limités car cela paraît faisable et l’est effectivement. Après la période d’essai, nous sommes libres de prolonger l’expérience (sur 60 jours, 90 jours…), de nous arrêter, ou de faire évoluer les objectifs sur 30 nouveaux jours. Toujours est-il qu’après 30 jours, notre capacité à naturaliser l’habitude est grandement augmentée et les effets sur le développement personnel sont bels et bien présents.

Pourquoi avoir choisi la douche froide comme premier défi pour 28 jours alors ? Eh bien, tout d’abord parce qu’il s’agit d’un challenge simple à faire et qui s’inscrit parfaitement dans la résilience (physiologique), elle-même en lien avec la vertu cardinale de la tempérance. Pour rappel, la tempérance se définit comme la maîtrise de la volonté sur les instincts. Ensuite, parce qu’en Grèce antique, malgré les possibilités de chauffer les bains publics, la plupart des citoyens grecs continuaient de se laver dans l’eau froide, tout comme les gymnastes de Delphes au Ve siècle avant J.-C., ou encore les spartiates.

  • Les premiers jours : dresser une nouvelle habitude contre une ancienne

1er février, 19h00, je décide de commencer ma douche à la température habituelle, avant de diminuer progressivement la chaleur de l’eau. Premier constat : sous la douche chaude, on n’hésite guère à tourner au maximum le robinet qui gère la pression de l’eau pour qu’à la sensation de chaleur s’ajoute l’effet massant et enveloppant du liquide. Cependant, lorsque que l’élément est froid, l’instinct nous pousse à diminuer grandement la force du jet. Pour vous donner une image, on passe de la lance à incendie aux gouttes de pluie.

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Ce qui réchauffe alors, c’est le simple fait de se savonner le corps. Finalement, je ne resterai pas plus de 5 minutes dans la cabine. En sortant, ma peau n’a pas sa tiédeur habituelle, je suis comme enveloppé dans un feuil de glace. Mais après le séchage et l’habillage, je ressens un bien-être immédiat, équivalent à celui qui survient après une séance de sport. Sur une échelle de tolérance allant de 1 à 10, je me situerais à 4 pour cette première douche. A partir de là, je me fixe l’objectif de ne plus commencer les douches sous l’eau chaude mais directement sous l’eau froide.

Dès le lendemain, je commence à changer mes habitudes de toilette. Ayant compris que le savonnage me réchauffera plus que l’eau, je me contente d’une brève humectation, me savonne, puis me rince.  Je ne tourne le robinet de pression que de moitié.  Je ne reste pas plus de 5 minutes sous la douche. Encore une fois, en sortant de la cabine, je me sens détendu. S’il y a bien un choc thermique en passant sous la douche froide, je ne ressens pas l’écart de température avec l’air du logement en fermant le robinet, comme c’est le cas avec les douches chaudes. Au contraire, en passant d’une douche à 15 degrés à l’atmosphère de la pièce qui tourne autour des 20 degrés, l’air ambiant m’habille de sa relative chaleur.

Pour le troisième jour, je rince et lave aussi mes cheveux, ce qui implique un contact prolongé de mon visage et mon crâne avec l’eau froide. J’aurais parfois de légères céphalées lors de mes douches, mais elles ne dureront jamais longtemps.

Cette première semaine était donc synonyme d’accoutumance, d’habituation, de mise en oeuvre de nouvelles stratégies pour « accepter » cet inconfort volontaire. Ma motivation n’a pas décrue et j’ai progressivement diminué la température au cours de la semaine (passant de 25 degrés à 18 degrés environ).

  • Un fléchissement à mi-parcours

Il ne serait pas très intéressant de détailler chaque journée, mais le 17 février, j’ai connu un léger fléchissement motivationnel. Jusqu’à présent, j’avais réussi à tenir, que le désir accompagne ou non la motivation : le matin, le soir, après mes séances de sport en extérieur, après une journée fatigante ou autre, j’allais sous la douche froide (15 degrés) sans broncher. Car si la douche froide est difficile sur l’instant, on ne regrette jamais de l’avoir prise tant les bénéfices sont immédiats en sortant de la cabine : sentiment de détente, de fierté, pas de choc thermique brutal du style « douche 40 degrés/atmosphère de la pièce 20 degrés »…

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Mais en ce 17 février, je devais me rendre à Paris. Or, après 6 heures de trajet en bus (départ à 6h30 le matin), 20 minutes de métro une fois arrivé et 35 minutes de RER B, à trimballer un sac à dos de randonnée, j’atterris à l’hôtel quelque peu lessivé. A la veille d’un concours pour une école parisienne, je me surprends alors à m’enfoncer dans un spleen, qui n’a certes rien de baudelairien, mais qui n’en demeure pas moins un spleen. En outre, la douche de l’hôtel fonctionne mal, il n’y a plus de savon dans le distributeur, la cabine est étroite et en plus de cela, les draps sont mal nettoyés, des tâches y subsistent (une rare opportunité pour exercer son stoïcisme).

Je me résigne donc à une douche tiède, puis termine 30 secondes sous l’eau froide, sans être vraiment « propre », le savon manquant à l’appel du distributeur de l’établissement. Qu’importe, le lendemain, je retrouve mon ataraxie.

  • Le sprint final

Outre cet épisode, je n’ai eu aucun autre moment d’acrasie. Ayant logé chez un ami, puis mes grands-parents, je me suis adapté à chaque douche, de sorte que les dix derniers jours, je tournais toujours le robinet d’eau froide au plus bas (je dirais autour de 10 degrés). Au fur et à mesure que la ligne d’arrivée se rapprochait, l’intensité de la motivation devenait aléatoire : j’étais plus ou moins motivé. Pour clore ce défi, le 28ème jour, j’ai pris une douche, toujours le plus froid possible, en y restant au moins cinq longues minutes. Sur l’échelle de tolérance allant de 1 à 10, je me situais alors à 8.

  • Bilan

S’il fallait résumer les apports d’une telle expérience, je commencerais par distinguer l’état d’esprit dans lequel on prend une douche chaude et celui dans lequel on prend une douche froide. Sous l’eau chaude, il est aisé de passer plusieurs longues minutes, à rêvasser, à songer, à philosopher, à revenir sur la journée écoulée, à anticiper les journées futures… L’état d’esprit dans lequel nous plonge la chaleur nous amène au spleen, à la détente, à l’apathie ou à la joie, de façon finalement assez aléatoire. Sans m’avancer plus avant, j’aurais tendance à penser qu’aller sous l’eau chaude dans le blues, c’est en sortir pénétré de mélancolie. A déconseiller en cas de déprime ?

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En revanche, sous la douche froide, il n’y a pas vraiment de place pour la nostalgie ou la projection mentale. Chaque jour, il faut accepter le choc thermique. Et pour l’accepter, rien ne vaut la méditation pleine conscience, qui semble s’imposer d’elle-même, comme un « réflexe » psychique. D’une certaine manière, il ne faut pas penser à aller sous l’eau froide, mais simplement y aller progressivement et observer ses réactions comme on le ferait si on était spectateur de soi-même. D’abord s’humecter tout le corps, avancer une jambe, puis l’autre, les hanches, tourner sur soi-même, puis les mains, les avant-bras, les bras, les épaules, la poitrine, le dos… Ensuite, il s’agit de maîtriser la respiration, de ressentir les effets de la froide aquosité recouvrant notre peau. Se concentrer sur son ressenti. Laisser les sensations du présent approprier son esprit.

Voici en résumé, les apports de l’expérience en ce qui concerne le stoïcisme :
– Joie de la discipline (résilience, tempérance, modération… en vue de la vertu)
– Fierté de l’effort accompli
– Confiance en soi (en ses capacités) affirmée
– Prise de conscience réelle de la chance et du luxe d’avoir de l’eau chaude pour se doucher

En termes plus physiologiques et pratiques:
– Organisme renforcé par ce mini traumatisme quotidien (je ne suis pas tombé une seule fois malade depuis que j’ai commencé le défi, malgré mes voyages, bus, métro, RER et mon entourage malade)
– Circulation sanguine et récupération musculaire facilitées
– Peau moins abîmée (aucune sécheresse malgré le froid extérieur !), cheveux moins abîmés, plus souples
– Pas de choc thermique en sortant de la cabine. Au contraire, l’air ambiant et les vêtements enveloppent littéralement le corps d’une « chaleureuse tiédeur ». Sentiment de bien-être beaucoup plus fort qu’après une douche chaude
– L’effet hammam dans la salle de bain n’est plus

En termes économiques et environnementaux :
– Économie d’eau car moins de temps sous la douche et moins de pression accordée à l’eau

  • Et ensuite ?

Nous sommes le 4 février à l’heure où j’écris cet article et je dois reconnaître que la douche chaude du 1er février était un véritable plaisir. Sur le coup, je me suis senti comme un épicurien, qui, après quelques jours de jeûne, trouve un plaisir sans fin à remanger du simple pain de campagne. Malgré tout, j’ai aussi repris une douche froide entre temps. Curieusement, l’état d’esprit qui survient après la douche froide – similaire à mon sens à celui qui survient après l’effort physique – me manquait. Aussi, en à peine quatre jours, ma peau est redevenue plus sèche, et je ressens sporadiquement une sorte de « manque », comme si mon organisme réclamait ce mini-choc traumatique que je me suis imposé 28 jours durant.

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En bref, dans une perspective stoïcienne, la douche froide est l’équivalent pratique de la visualisation négative. En l’occurrence, le défi m’a permis de répondre à la question : « que ferais-je si je n’avais plus d’eau chaude ? ». Le fait est qu’à présent, non seulement je dispose des ressources pour faire face à ce genre de situation, mais qu’en plus je tire un plein avantage de cela puisque j’en connais les bienfaits et les apprécie à leur juste valeur. Je pense continuer à me doucher dans les bras de Borée de temps à autre, et je recommencerai sans aucun doute ce challenge. Je vous le conseille sans retenue.


Pour aller plus loin :

10 raisons de prendre des douches froides : http://speedevelopment.com/10-raisons-douches-froides/

Bienfaits de la douche froide selon un naturopathe : http://www.yvescassard.com/Bienfaits-de-la-douche-froide.html

Douche froide, douche chaude : le match des vertus : http://madame.lefigaro.fr/bien-etre/douche-froide-douche-chaude-quelles-vertus-030315-95056

La thérapie par le froid : pour perdre du poids, renforcer les défenses immunitaires et plus encore: https://fr.sott.net/article/20028-La-therapie-par-le-froid-pour-perdre-du-poids-renforcer-les-defenses-immunitaires-et-plus-encore

Les bienfaits de la douche froide : http://lagazettedebali.info/les-bienfaits-de-la-douche-froide/

Les dix bienfaits de la douche froide : https://amelioretasante.com/les-10-bienfaits-de-la-douche-froide/

Vous devriez prendre des douches froides! Voici 5 raisons : http://sain-et-naturel.com/vous-devriez-prendre-des-douches-froides-voici-5-raisons.html

4 réflexions sur « 28 jours de douche froide en hiver »

  1. bonjour, très bon article… les impressions finales montrent aussi que l’apparente violence de la douche froide nous mettrait aussi en meilleure harmonie avec notre corps… mais pourquoi être revenu à la douche chaude alors? les exercices stoïciens n’ont-ils pas vocation à être appliqués au quotidien??

    J'aime

    1. Bonjour, merci de votre retour. Oui, vous faites bien de parler d’une « apparente violence », car dans ce cas précis, la violence se construit avant tout dans notre esprit: on peut maîtriser le choc hypothermique avec suffisamment d’entraînement. Pour répondre à la question, je dirais tout d’abord que c’est par « récompense » (je vous accorde le côté épicurien de la démarche) après avoir enduré les 30 jours de froid.

      Ensuite, parce que je n’avais pas initialement prévu de dépasser les 30 jours. Ceci dit, j’en ai gardé une petite habitude puisque je fais une à deux douche froide (parfois sur une période plus longue) tous les quinze jours.

      Pour la dernière question, je dirais que oui, ils ont vocation à être appliqués au quotidien, mais qu’en même temps, ce n’est pas parce qu’ils ne le sont pas, qu’on s’écarte du chemin de la vertu. Il faut alterner les temps forts et temps faibles, disait Sénèque : « Il ne faut pas non plus maintenir l’esprit dans une tension continuelle; il faut qu’il condescende à se divertir; Socrate ne rougissait pas de jouer avec de petits enfants; avec un peu de vin, Caton donnait du relâche à son esprit fatigué des soucis du pouvoir […] Il faut accorder du relâche à l’esprit; une fois reposé, il se retrouvera meilleur et plus vif […] je me souviens, par exemple, du grand orateur Asinius Pollion : la dixième heure passée, nulle affaire ne le retenait plus; après cette heure, il ne lisait même plus son courrier. » (Il y a une grande différence entre le relâche et le relâchement, précise-t-il). Toute proportion gardée avec les exemples donnés par Sénèque, la douche chaude peut être ce moment de relâche utile à la vigueur de l’esprit.

      J’admets néanmoins que la douche froide reste un très bon outil pour travailler sa volonté. Mais la volonté n’étant pas un réservoir inépuisable, je ne la mets pas dans cet aspect de mon quotidien en ce moment.

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