Ego is the ennemy, Ryan Holiday

L’égo serait responsable de presque tous nos maux : il nous détournerait du droit chemin, du succès et d’une vie paisible. C’est du moins ce qu’affirme l’auteur et entrepreneur américain Ryan Holiday, dans un livre au titre on ne peut plus explicite : l’égo est l’ennemi (Ego is the ennemy), publié en 2016. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un ouvrage portant sur le stoïcisme, l’auteur, qui a été conférencier à la Stoicon 2016, s’en inspire partiellement pour critiquer les comportements égotiques et expliquer en quoi ces derniers sont nocifs.

Ego is the ennemy

Selon Ryan Holiday, « l’égo est une croyance malsaine en notre propre importance », synonyme d’« arrogance », d’ « ambition autocentrée » (p.2). Il nous rend dépendant, créé des besoins comme celui d’être meilleur qu’untel, d’avoir plus que quidam ou d’être reconnu pour telle ou telle réalisation. Il nous pousse à croire en notre singularité, à être ambitieux, à faire de grandes choses. Même si ces croyances égotiques ont façonné de grands hommes et de grandes femmes, elles ont surtout empêché une majorité d’individus de se construire pleinement.

Pour démontrer ce propos, le livre se décompose en trois grandes parties : Aspire (avoir de l’ambition) ; Success (le succès) ; Failure (l’échec). L’objectif est d’accompagner le lecteur dans la déconstruction – ou plutôt la destruction partielle – de son égo, avant que de mauvaises habitudes ne soient incorporées. A terme, il s’agit de devenir une personne humble, disciplinée, courageuse. L’auteur résume cela en trois maximes : « humble dans nos aspirations » ; « reconnaissant dans notre succès » ; « résilient dans nos échecs » (p.6). En assimilant les leçons de cet écrit, nous devrions être apte à faire face à toutes les vicissitudes du destin.

  • PARTIE 1 : AVOIR DE L’AMBITION

Dans tout ce que nous entreprenons, l’égo nous empêche bien souvent d’atteindre les objectifs. Cela ne vient pas de nulle part : nos valeurs culturelles, transmises par la société et notre éducation, nous déterminent presque tout le temps à chercher la reconnaissance et l’estime de soi à travers les buts que nous nous fixons. On en vient à s’aliéner dans des désirs qui ne nous correspondent pas. Combien d’étudiants se retrouvent, par exemple, dans des filières et écoles prestigieuses alors mêmes que ces dernières ne leur plaisent pas ? Combien de cadres dirigeants n’osent pas délaisser les rétributions d’un métier de pouvoir alors même que cela ne leur correspond pas ? Combiens de choix dictés par le désir de reconnaissance ?

Ce qui est rare, explique Ryan Holiday, ce n’est d’ailleurs pas le talent ou la compétence, mais plutôt l’humilité, la diligence et la conscience de soi. Pour obtenir ces qualités, un travail de longue haleine est nécessaire. Il implique notamment d’être capable de prendre du recul sur soi : « le détachement est une sorte d’antidote naturelle contre l’égo » (p.21).

Sur ce chemin de l’humilité, les réseaux sociaux représentent un véritable challenge : ils nous poussent à l’exhibition méliorative de notre vie, à chercher une réassurance extérieure là où la rassurance intérieure est nécessaire. Ils nous envoient à la chasse aux likes et aux cœurs, nous détournent de l’action en nous faisant parler de l’action elle-même. L’auteur donne l’exemple de l’écrivaine Emily Gould qui n’a cessé de promouvoir un projet de roman sur ses réseaux sociaux, à donner des conseils d’écriture, à parler de ses idées… pour, finalement, ne jamais l’écrire. Il ne faudrait pas parler mais agir.

Cependant, un égo silencieux est un égo mort, et c’est précisément pour cela qu’il nous incombe à l’expression via les réseaux sociaux. Le silence est pourtant, d’après l’auteur, la véritable force : tout le monde sait parler de soi, peu sont capables de rester en-dehors de la conversation. « Le plus grand trésor d’un Homme est une langue économe » disait Hésiode. En outre, selon Ryan Holiday, les recherches auraient démontré que si la visualisation et la verbalisation des objectifs sont importantes au début, après un certain point, notre esprit commencerait à confondre les envolées verbales avec les réels progrès. Plus on parle de son projet, plus on le pense, plus on l’explique, plus on croit se rapprocher de son accomplissement. Nos efforts doivent donc être tournés tout entier vers l’action.

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Il convient ensuite d’être conscient de son objectif, de connaître le sens que nous donnons à notre vie. Cela permet de répondre à plusieurs questions : dois-je être ou dois-je faire ? Suis-je égoïste ou désintéressé ? Ai-je besoin de cela ou est-ce que le fais pour mon égo ? Souvent, nous nous laissons charmé par une image de ce qu’a l’air d’être le succès, la réussite, la reconnaissance. Avec un objectif clair, tout devient à la fois plus simple et plus compliqué. Plus simple, car nous savons à quoi nous en tenir dans nos choix, plus compliqué, car cela demande souvent une certaine discipline.

Parmi les stratégies et conseils évoqués dans cette première partie pour prendre du recul vis-à-vis de son égo, Ryan Holiday revient également sur l’importance d’être son propre critique. Il prend l’exemple du guitariste de Metallica, Dave Mustaine, renvoyé par le groupe pour être remplacé par Kirl Hammett, en avril 1980. Plutôt que de contester la décision, de ne pas reconnaître qu’il manquait de compétences, le jeune guitariste est allé reprendre des cours de guitare chez le virtuose Joe Satriani, réputé pour la rudesse mais aussi la qualité de sa pédagogie. Par la suite, Dave Mustaine deviendra l’un des meilleurs guitaristes de trash metal. La leçon qu’en tire l’auteur est qu’on ne peut pas s’améliorer si on est convaincu d’être le meilleur et qu’il faut être son propre critique.

Ryan Holiday explique finalement qu’il est préférable d’être dépassionné dans ses actes, d’être utile aux autres car cela suit un intérêt bien compris, de faire preuve de retenue, de ne pas se réfugier dans un moi imaginaire comme lorsqu’on écoute une musique motivante et qu’un regain de confiance nous submerge par exemple, de ne jamais faire preuve d’une trop grande fierté, de se protéger de ceux qui nous font du mal comme de ceux qui nous font nous sentir biens (car ils nous conduisent à la fierté, puis à l’arrogance) et de toujours travailler (« work, work, work », p.79). La partie se conclue sur l’exemple de Darwin qui a peaufiné pendant des décennies sa théorie de l’évolution, sans jamais parler de son thème de recherche.

  • PARTIE 2 : LE SUCCÈS

Une fois l’objectif atteint, le succès rencontré, les ambitions achevées, de nouvelles tentations et de nouveaux problèmes peuvent survenir. C’est l’égo encore une fois qui rend le succès éphémère : il nous fait cesser d’apprendre, d’écouter et nous fait perdre prise sur ce qui compte vraiment. Nous devenons victimes de nous-mêmes et de la compétition. Pour stabiliser notre situation et maintenir notre accomplissement, l’ouverture d’esprit, le sens de l’organisation et la délimitation des objectifs sont essentiels.

Le premier conseil de cette partie est un conseil de bon sens : il ne faut jamais se reposer sur ses acquis. Gengis Khan par exemple, fondateur de l’empire Mongol, n’a cessé d’apprendre de ses ennemis pour concevoir de nouvelles armes, de nouveaux outils, de nouveaux modes d’organisation, de nouvelles stratégies militaires, etc. Il ne s’en est jamais tenu à sa zone de confort, n’a jamais considéré être le meilleur dans tous les domaines malgré les nombreuses victoires et n’a jamais imposé ses valeurs… ce qui l’a probablement aidé à fonder son immense empire.

A notre échelle, il est très facile de sortir de notre zone de confort : il suffit de choisir un livre dont on ne connaît rien du sujet, aller dans des endroits ou à des événements qui ne nous sont pas du tout familiers, regarder un film documentaire dont on ignore tout, etc. Il s’agit de vivre volontairement l’inconfort pour en tirer tous les bénéfices, leçons, apprentissages et connaissances. En plus de vouloir apprendre, il est important de comprendre comment apprendre et de mettre en place des méthodes pour faciliter cette éducation continuelle.

Quand vient le succès, il est également important de ne pas romancer sa vie, de garder les pieds à terre. Moins notre égo est présent, plus le succès durera. Il faut rester apte à écouter, à s’améliorer, à grandir. Beaucoup de sportifs retombent dans l’oubli après le succès parce qu’ils n’ont pas entretenu la saine ambition qui précédait leurs exploits. Il ne faut jamais s’identifier aux labels qu’on reçoit : écrivain, diplômé, réalisateur, entrepreneur… Ces labels contrastent avec la stratégie mise en place pour le succès : une stratégie de la patience, de l’exercice, de la persévérance.

Par ailleurs, il est indispensable de bien saisir ce qui importe pour soi. Savoir cela, c’est accéder à la tranquillité, à l’euthymie sénéquéenne. On ne cherchera alors pas de nouvelles choses, une fois acquis ce qui importe vraiment pour soi. Parallèlement, la gestion de soi – que ce soit pour les cadres, dirigeants ou autres – est toute aussi essentielle car elle permet de gérer correctement ses subordonnés. Ryan Holiday prend en illustration Eisenhower qui décide de donner plus de responsabilités à chacun lors de son arrivée à la Maison Blanche, de sorte à ce qu’il puisse se concentrer sur les dossiers présidentiels, qui concernent exclusivement sa fonction. En étant conscient de soi, de ses capacités et des rôles de chacun, il n’a ainsi pas cédé la place à son égo, qui aurait pu le pousser à prendre toutes les responsabilités sans rien déléguer.

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L’avant-dernière leçon de cette partie est on ne peut plus stoïcienne puisque Ryan Holiday nous invite à « méditer sur l’immensité », à vivre la sympatheia stoïcienne, qui est une connexion avec le cosmos ou bien un « sentiment océanique » pour reprendre les mots de Pierre Hadot. Généralement, l’égo nous empêche de vivre cette connexion, cette conscience supérieure, cette dissipation du je dans le nous, du nous dans la nature, de la nature dans le cosmos.

Finalement, prenant en exemple Angela Merkel, l’auteur insiste sur l’idée que la sobriété, la modestie, le travail en silence plutôt que la communication artificielle… sont des qualités propres à la grandeur d’une personne et qui se développent en réduisant l’égo. A chaque fois, l’intérêt est d’être en accord avec ses valeurs intérieures, de ne dépendre que de soi pour sa réalisation personnelle et d’être clair dans les objectifs que l’on se fixe.

  • PARTIE 3 : L’ECHEC

Quels que soient nos objectifs, nos succès antérieurs ou nos privilèges, l’échec, les aléas de parcours et le malheur ont fait, font et feront partie de nos vies. Bien souvent, si ce n’est l’égo qui contribue à les produire, ce dernier nous empêche d’y faire face correctement.

Tout d’abord, ce n’est pas la proportion d’événements malheureux par rapport aux événements heureux qui compte, mais plutôt l’équilibre que l’on trouve entre ce que Robert Greene appelle les temps morts (dead time) et les temps en vie (alive time).

Ryan Holiday s’inspire de l’activiste Malcolm X pour illustrer cette division du temps subjectif. Pour lui, le temps mort est celui où les individus sont passifs, soumis et dans l’attente. Ce temps correspondrait à l’époque où Malcolm X était encore dealer, proxénète et délinquant. Un temps qui contribue progressivement à son inhumation. Un temps où son égo le domine. Ensuite, les années qu’il passa en prison constituèrent une rupture :  le début de son temps de vie, de sa liberté. Le temps de vie est celui où les agents apprennent des choses et agissent. Malcolm X a ainsi découvert l’histoire, la sociologie, la religion, les classiques, la philosophie et s’est constitué un bagage intellectuel propre à le rendre libre. En prison, deux choix s’offraient à l’activiste : continuer dans le temps mort en se faisant de nouveaux contacts dans la criminalité, en préparant sa revanche et en cherchant à s’évader ou bien comprendre les déterminismes qui l’ont mené jusque-là pour ne plus les reproduire. Il a donc choisi la seconde option.

Tout le monde fait face à ce genre de choix dans sa vie. Pour prendre la bonne décision, il convient d’examiner les schémas qui nous ont mené à l’échec, de ne pas se réfugier dans le divertissement et de ne pas vouloir prendre une revanche quelconque sur son destin. L’obstination rend les situations pires qu’elles ne le sont déjà. Ce qui compte, c’est l’intérêt personnel, la grandeur d’âme qu’on peut tirer de nos temps morts.

A ce propos, ce n’est pas parce que nos agissements sont justes et bons qu’il faut espérer en obtenir une quelconque rétribution. La véritable rétribution d’une action est l’action elle-même, l’effort qu’on y met. Le plus grand général de l’empire byzantin, Bélisaire, qui multipliait les victoires et les sacrifices personnels pour l’empereur Justinien, n’a jamais obtenu la confiance et la reconnaissance de ce dernier. Après avoir exigé des biographes attitrés qu’ils avilissent le général dans leurs écrits, Justinien a purement et simplement ôté au général sa fonction. Ce n’est donc pas parce qu’on effectue une bonne action, qu’il faut s’attendre à une rétribution : peut-être que notre femme, notre homme, notre compagne ou notre compagnon ne seront pas émus par notre réussite, peut-être que nos parents ne montreront pas de signes d’enthousiasme flagrants, peut-être que le public n’applaudira pas… Mais ce n’est pas important, car ce genre de rétributions ne satisfait que l’égo. La motivation doit résider dans un accomplissement intérieur.

C’est précisément pour cela qu’il faut avoir à l’esprit une définition non-égotique du succès. John Wooden le résumait ainsi : « le succès est la tranquillité d’esprit qui résulte de la satisfaction personnelle de savoir qu’on s’est efforcé de faire de notre mieux pour devenir le meilleur que l’on puisse devenir » (p. 180). Ce ne sont pas les avis extérieurs qui doivent déterminer si une action en vaut la peine ou non, mais notre for intérieur.

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La pyramide du succès selon John Wooden

Pour se forger de tels schémas mentaux, certains moments s’avèrent plus favorables que d’autres. Ryan Holiday conceptualise ainsi les moments fight club (d’après le film du même nom), qui correspondent à ces moments iconoclastes qui nous détruisent littéralement en remettant en cause tout ce qu’on pensait savoir sur le monde. Parfois, on les provoque de son plein gré, parfois on les subit, mais il s’agit souvent d’une période idéale pour réaliser les changements dont on avait peur.

Finalement, l’auteur termine en reformulant différemment des idées déjà évoquées auparavant : ce sont nos standards intérieurs qui doivent déterminer la réussite de l’action et non les réponses extérieures (je peux gagner une compétition sportive et provoquer l’ovation du public sans être satisfait de la technicité de ma performance par exemple), nous aurons toujours des moments d’ambition, de réussite et de défaites dans nos vies et il convient de s’y confronter correctement, de façon non-égotique, et enfin, l’amour est la meilleure réponse aux attaques et insultes que l’on reçoit.

Sur ce dernier point, Ryan Holiday relativise néanmoins en admettant qu’à défaut d’amour, mieux vaut ressentir de la tristesse et de la pitié pour nos ennemis que de la haine et du ressentiment, car leur égo et leur vision de court-terme constituent en eux-mêmes une sanction.

C’est sur une intuition théorique du mouvement de la vie que se conclut l’ouvrage : nous passerions sans cesse du désir de réaliser de grandes choses à l’accomplissement de ces désirs (ou à l’échec), puis si succès il y a, du succès vers de nouveaux malheurs et du malheur vers de nouvelles ambitions, etc. La boucle est sans fin.

  • UNE VISION SIMPLIFICATRICE DU DÉVELOPPEMENT PERSONNEL ÉRIGÉ EN MARKETING DE SOI EGOPHOBE ? 

Si le livre a connu un réel succès, notamment au sein de la communauté anglophone stoïcienne, force est de constater qu’il n’est pas, de mon point de vue, à la hauteur de sa réputation. Mise à part une introduction bien ficelée, le reste de l’ouvrage s’avère globalement décevant. D’abord au niveau de la forme : alors que Ryan Holiday appelle à se méfier de l’égo comme de la peste, il adopte un ton paternaliste, normatif et parfois même moralisateur qui me semble contradictoire avec la nature égophobe de la réflexion, puisque ce faisant, il s’érige de lui-même en une figure d’autorité. Par exemple, « peu importe ce que vous avez fait jusqu’à présent, vous feriez mieux d’être encore un étudiant. Si vous n’être pas encore en train d’apprendre, vous êtes déjà en train de mourir » (p. 104), ou encore, « l’égo vous dit de commettre un adultère, alors que vous aimez votre épouse. Parce que vous voulez ce que vous avez et ce que vous n’avez pas. L’égo dit aussi sûrement : même si vous commencez seulement à accomplir une chose, pourquoi ne pas en entamer de suite une autre ? Finalement, vous dites oui beaucoup trop de fois, et à des choses qui dépassent les bornes » (p.118).

Ensuite, plus problématique, le livre est surtout décevant au niveau du fond. Ryan Holiday explique quasiment toutes les péripéties des personnages historiques qu’il invoque selon un dénominateur commun : l’égo. Par exemple, en 1953, lorsque le Président américain Dwight D. Eisenhower délègue certaines responsabilités à ses subordonnés, comme l’ouverture des lettres confidentielles qui lui sont destinées, Ryan Holiday en conclue qu’il ne s’agit « pas du tout » de snobisme, mais en réalité d’une certaine lucidité sur les enjeux de sa fonction, qui implique notamment de faire confiance à son entourage, et que c’est là la marque d’un esprit humble. A ce raisonnement discutable, un ensemble de psychologisations simplificatrices au possible, sans appuis scientifiques, parsème malheureusement les pages de l’essai. Pour en rester à Eisenhower : « Il savait que l’urgent et l’important ne sont pas synonymes » (p.127) ; « il comprit que l’ordre et la responsabilité étaient ce dont le pays avait besoin » (p.130).

En outre, Ryan Holiday me semble influencé par sa trajectoire d’autoentrepreneur et semble croire à des notions comme la motivation, le libre-arbitre ou la méritocratie, ce qui est caractéristique de la pensée néolibérale, où l’individu roi est coupable et responsable de sa vie.

Par exemple : « soyons clair : la compétitivité est une force importante dans la vie. C’est ce qui fait vivre le marché et ce qui est à l’origine de certaines des accomplissements les plus impressionnants de l’humanité. Au niveau individuel, cependant, il est absolument essentiel de savoir contre qui on est en compétition et pourquoi, d’avoir une idée claire de l’espace où l’on évolue. » (p.117.) Avec l’usage des termes économiques, ce paragraphe me fait penser aux techniques de benchmarking et décrit à mon sens davantage un marketing de soi qu’un développement personnel.

Pour donner un exemple encore plus explicite sur la croyance de Ryan Holiday au libre-arbitre, nous pouvons prendre ce passage où il explique que nos progrès personnels ne dépendent que de nous : « Aujourd’hui les livres sont moins chers que jamais. Les cours sont gratuits. L’accès aux professeurs n’est plus limité – la technologie rendu cela accessible. Il n’y a pas d’excuse pour ne pas se forger son éducation, et puisque l’information à notre disposition n’a jamais été aussi importante, il n’y a pas d’excuse pour que ce processus [d’éducation] ne s’arrête un jour. » (p.42.) Problème, les sciences sociales et humaines tendent à nuancer ces croyances. Par exemple, même si les musées sont gratuits pour les jeunes, ces derniers vont s’y rendre de façon très inégalitaire. La sociologie nous apprend que les jeunes défavorisés sont moins enclins à visiter un musée d’art moderne que les jeunes favorisés. L’explication – ou « l’excuse » – ne réside pas en un manque de motivation de la part des jeunes défavorisés, mais plutôt dans l’absence d’un capital culturel transmis par les parents ou bien dans des politiques culturelles qui ne permettent pas de légitimer leur street culture au sein d’un musée d’art moderne. Résultat : les jeunes défavorisés ne retrouvent pas leur univers culturel dans les institutions légitimés par l’Etat et n’ont pas les ressources mentales qui les pousseraient à visiter un musée d’art moderne (l’argument est simplifié mais l’idée est que la motivation ou l’égo n’expliquent pas tout).

Enfin, la notion même d’égo aurait gagné à être approfondie. Les définitions données en début d’ouvrage ne saisissent pas la totalité de cette notion et il est alors difficile de suivre un raisonnement qui se fonde sur un flou conceptuel relatif. D’autant plus que je ne pense pas que l’égo soit un mal absolu, dont il faille se débarrasser nécessairement pour vivre paisiblement.

A défaut de m’avoir convaincu, et pour finir sur une note positive, Ego is the ennemy a au moins le mérite de bousculer notre égo, d’entraîner une certaine réflexion sur soi et de nous pousser vers une éthique non égotique. Plutôt que le livre, je vous invite finalement à consulter les vidéos de développement personnel de Ryan Holiday de la chaîne YouTube FightMediocrity.


Disponible sur Amazon (en anglais)  : https://www.amazon.fr/Ego-Enemy-Master-Greatest-Opponent/dp/1781257019/ref=sr_1_1?s=english-books&ie=UTF8&qid=1496518989&sr=1-1&keywords=ego+is+the+ennemy

Les fragments cités ont été traduits par mes soins.

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