Stoicism and the art of happiness, Donald Robertson

Comme tous les systèmes de philosophie antique, le stoïcisme n’est pas seulement une doctrine théorique, mais consiste aussi en un véritable « art de vivre ». Dans Stoicism and the art of happiness (« Le stoïcisme et l’art du bonheur ») Donald Robertson vulgarise les notions clefs du stoïcisme et les ancre justement dans la réalité via des exemples d’applications pratiques. Sorte de « stoïcisme pour les nuls » en anglais, l’œuvre remet au goût du jour les stratégies et méthodes stoïciennes pour faire face aux aléas de la vie. Ce manuel constitue d’ores et déjà un classique du Stoïcisme contemporain.

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  1. Quelques mots sur l’auteur

Donald Robertson est relativement connu en ce qu’il est le fondateur du groupe Facebook Stoicism Today. Membre actif de la communauté anglophone stoïcienne (il a écrit plusieurs ouvrages, tenu plusieurs conférences…), il est aussi spécialiste en thérapie cognitive et comportementale. Cette approche thérapeutique moderne, qui considère notamment que ce qui trouble les gens, ce sont les représentations qu’ils se font des choses plutôt que les choses elles-mêmes, trouve de nombreux points de convergence avec le stoïcisme.

Stoicism and the art of happiness ne cache ainsi pas sa vocation thérapeutique. Il s’agit avant tout d’une « introduction pratique » au système stoïcien, qui a pour objectif de donner au lecteur les clefs pour vivre sereinement en toutes circonstances.

  1. Un livre très accessible, à l’image de la Stoa

Avec sa structure ergonomique, le livre se donne les moyens de son objectif. Les dix grands chapitres qui le composent suivent tous la même structure. D’abord, sur la page d’ouverture de chaque partie, l’auteur annonce clairement en quelques phrases courtes ce que le lecteur apprendra. Ensuite, chaque sous-partie fait l’objet d’un développement plus ou moins long, entrecoupé d’encadrés thématiques.

Ces derniers sont de cinq sortes et sont identifiés par des pictogrammes distincts. Il y a les encadrés qui proposent des sondages d’autoévaluation pour appréhender sa propre progression ; ceux qui résument les idées les plus importantes, situés généralement à la fin de chaque sous-partie ; ceux qui présentent une « étude de cas » ; ceux qui répètent les idées qu’il faut absolument mémoriser ; ceux qui présentent un exercice à « essayer maintenant » et enfin ceux qui, en fin de chapitre, récapitulent les principales idées évoquées. Chaque chapitre se clôt sur une phrase de transition qui explicite la cohérence du développement général.

Quant aux lecteurs que la langue de Shakespeare rebute, le vocabulaire utilisé est très accessible. Les phrases sont courtes et les idées sont répétées à plusieurs reprises dans des formulations différentes.

Par sa forme accessible, le manuel facilite donc la compréhension de son fond. Donald Robertson revient sur des concepts clefs à travers les dix parties. Du premier chapitre qui s’intéresse à l’impératif stoïcien de « vivre en accord avec la nature », en passant par la « discipline du désir (chapitre 4) ou « la préméditation de l’adversité » (chapitre 5) jusqu’à « La cosmologie stoïcienne » (chapitre 10), l’auteur donne tous les outils nécessaires pour se familiariser avec un nouveau paradigme.

Surtout, il guide le lecteur étape par étape, que ce soit à l’intérieur même des chapitres ou au niveau général de l’ouvrage. Ainsi, les notions de base comme la vertu, la Nature ou le Destin sont abordés dès le début tandis que la cosmologie stoïcienne, qui suppose une certaine disposition d’esprit pour être appréhendée, est étudiée à la fin.

      3. L’exemple du chapitre 1 : vivre en accord avec la nature

Pour donner une idée plus claire, suivons la structure du premier chapitre : The way of the Stoic :Living in agreement with Nature’ (Le chemin du stoïcien : « vivre en accord avec la nature »). Après avoir rappelé brièvement la nécessité de la philosophie pour donner sens à une vie qui n’en a pas, via une citation de Marc-Aurèle, un premier encadré nous invite à nous autoévaluer.

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Le chapitre 1 qui s’ouvre avec une citation de Marc-Aurèle

« Avant de lire ce chapitre, évaluez dans quelle mesure vous êtes d’accord avec les affirmations suivantes, en utilisant l’échelle à cinq points (1-5) ci-dessous. Réévaluez-vous ensuite une fois que vous avez terminé la lecture et digéré le contenu.

  1. Pas du tout d’accord, 2. Pas d’accord, 3. Ni d’accord, ni pas d’accord, 4. D’accord, 5. Fortement d’accord

1 « L’objectif de la vie est de « vivre en accord avec la Nature » en acceptant volontairement les choses qui ne dépendent pas de nous. »

2 « Nous devons aussi vivre en harmonie avec notre propre nature humaine en essayant de cultiver notre raison et en essayant de progresser vers une sagesse et une vertu parfaites. »

3 « Nous devons vivre en harmonie avec le reste de l’humanité en nous voyant nous-mêmes comme fondamentalement apparenté les uns aux autres dans la mesure où nous disposons de raison » »

A la suite de cet encadré, Donald Robertson revient sur la genèse du stoïcisme, insiste sur le fait qu’il s’agisse d’un mode de vie, propose un exercice pour mieux saisir la notion du « Bien » et présente rapidement Socrate, véritable modèle philosophique.

Dans la même logique de progression, l’auteur explique alors que vivre en accord avec la Nature constitue la finalité de la vie : « D’un côté, les stoïciens essayaient de vivre en accord avec leur propre nature humaine, en tant qu’êtres fondamentalement sociaux et rationnels, en excellant dans la sagesse, le sens de la justice et les vertus de contrôle de soi. […] De l’autre côté, suivre la Nature signifie aussi l’acceptation de notre place comme partie d’une totalité, la nature de l’univers, et accueillir notre destin, dans la mesure où il est en-dehors de notre contrôle. »

Cela conduit l’auteur à parler du double objectif de la vie : suivre la Nature et suivre sa nature humaine, avant d’évoquer la tripartition théorique du système stoïcien : la physique, l’éthique et la logique pour finir par distinguer les trois disciplines stoïciennes : la discipline du désir et de l’aversion, la discipline de l’action et la discipline de l’assentiment. Ces trois derniers champs seront abordés tout au long du livre.

      4. Une synthèse du stoïcisme qui allie la théorie à la pratique

A l’issue de la lecture de ce chapitre, le lecteur est donc en mesure de commencer directement à pratiquer le stoïcisme. Les exercices proposés dans ces premières pages vont en ce sens. Par exemple : suivre une diète en ne se motivant pas uniquement selon un désir futur (maigrir, s’affermir, être en bonne santé – cela entraîne souvent l’abandon) mais en se concentrant également sur la valeur intrinsèque de la diète qui permet de se discipliner et de solidifier sa force de caractère. Ou encore : faire du sport comme un stoïcien. C’est-à-dire ne pas forcément s’entraîner en faisant dépendre sa motivation d’un objectif seulement sportif ou esthétique mais aussi songer aux autres compétences et qualités que cela nous permet de développer : apprendre à mieux tolérer la fatigue, renforcer la vertu du courage ou encore expérimenter l’inconfort. Ce que propose le stoïcisme, c’est de changer de point de vue pour voir les choses sous un autre angle et, dans le cas présent, entretenir sa motivation.

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Vous l’aurez compris, l’ouvrage est à la fois dense et concis. Il explique les aspects essentiels du stoïcisme pour pouvoir le mettre en application au plus vite, sans délaisser la théorie, mais ne va jamais trop loin dans le détail. Il ne s’agit pas d’un livre de recherche, mais d’une synthèse, d’un manuel, voire simplement des prolégomènes du stoïcisme. Au terme des quelque deux-cents trente pages, Donald Robertson propose d’ailleurs une petite bibliographie pour approfondir ou nuancer les acquis de la lecture.

En résumé, ce livre est grandement conseillé à celles et ceux qui désirent faire de la philosophie, au sens antique et stoïcien du terme.


Disponible sur Amazon (en anglais)  : https://www.amazon.fr/Stoicism-Art-Happiness-Teach-Yourself/dp/1444187104

Les fragments cités ont été traduits par mes soins.

1 réflexion sur « Stoicism and the art of happiness, Donald Robertson »

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