30 jours de défis stoïciens

Plusieurs sites internet existent autour du stoïcisme contemporain. Si certains revendiquent une approche traditionnelle de la doctrine (traditionalstoicism.com), d’autres plaident pour sa modernisation (Modern Stoicism) ; d’autres encore privilégient la vulgarisation et la diffusion du système en tant que boîte à outils pour atteindre ses objectifs personnels comme professionnels (Daily Stoic), quitte à ignorer les aspects théoriques les plus subtils.

Coïncidence ou pas, cette année, le site Daily Stoic proposait justement en octobre de vivre un mois stoïcien au moment même où débutait la semaine stoïcienne de Modern Stoicism. Les différences ? Là où le livret de la semaine stoïcienne invite à une pratique assez intense du stoïcisme avec des méditations matin, midi et soir, des lectures et de soigneuses réflexions pour ancrer de nouveaux comportements, le mois stoïcien fonctionne selon un système de petits défis quotidiens à relever. 30 jours, 30 défis d’un côté ; 7 jours, 7 thèmes d’exercices spirituels de l’autre.

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Autre différence, le challenge de Daily Stoic était payant : 30 dollars. Pour cette somme, les participants recevaient quotidiennement par courriel la présentation détaillée du défi du jour avec son commentaire audio par Ryan Holiday (le concepteur de ce mois stoïcien), des explications sur l’intérêt de le réaliser, et différents hyperliens renvoyant à des sites ou applications destinés à nous aider dans la pratique. En guise de points communs avec la semaine stoïcienne, un espace virtuel pour discuter avec les autres participants.

Piqué par ma curiosité, j’ai choisi de suivre cette année le mois stoïcien. Voici donc ci-dessous mon retour d’expérience.

Sur les trente défis, il est possible de définir trois catégories : les défis physico-mentaux, les défis sociaux et les défis de réflexion dans l’écriture. Les premiers sont ceux qui obligent le corps à une certaine posture, à un certain mouvement qui ne va pas sans un certain état d’esprit. Les seconds sont ceux qui nécessitent une interaction avec autrui (ou du moins sa présence). Les troisièmes sont ceux qui demandent d’écrire pour penser le passé (introspection), le présent (observation) ou l’avenir (projection).

  • LES DÉFIS PHYSICO-MENTAUX

Se mettre en mouvement ou s’immobiliser, vivre l’inconfort ou le sentiment océanique de la contemplation… Les défis physico-mentaux exigent que le corps et le mental fonctionnent en harmonie. Le tout premier défi relevait justement de cette catégorie. Il consistait à se lever une heure plus tôt sur son planning. Pour ma part, étant cette année en télétravail, mon horaire matinal a tendance à varier. D’un jour à l’autre, je quitte les bras de Morphée entre 7 et 9 heures. Je décide néanmoins de régler mon alarme à 6 h 30. Particularité de ce premier défi, il est fortement recommandé de le pratiquer sur la durée du mois entier.

L’email associé s’ouvre sur une citation de Marc Aurèle :

« Au petit jour, lorsqu’il t’en coûte de t’éveiller, ait cette pensée à ta disposition : c’est pour faire œuvre d’homme que je m’éveille. Serai-je donc encore de méchante humeur, si je vais faire ce pour quoi je suis né, et ce en vue de quoi j’ai été mis dans le monde ? Ou bien, ai-je été formé pour rester couché et me tenir au chaud sous mes couvertures ? Mais c’est plus agréable ! Es-tu donc né pour te donner de l’agrément ? Et, somme toute, es-tu fait pour la passivité ou pour l’activité ? » 5.1.

Même l’Empereur romain le plus sage de tous a donc connu la conflictuelle expérience matinale qui oppose le désir de se lever à celui de rester sous les draps. Son argument, pour ne pas donner victoire à l’inertie, consiste à méditer sur son rôle, celui que le destin lui a assigné, celui d’empereur. Bon, je ne suis peut-être pas empereur, mais on trouve de nombreux autres arguments dans l’e-mail pour nous encourager à faire de même : se lever tôt apporte un gain de productivité considérable, on découvre la joie du calme qui règne autour de soi aux heures matinales, l’ambiance est propice à la pensée claire et lucide, la qualité du sommeil s’améliore sur le long-terme, l’estime de soi est plus forte, etc.

Le discours est convaincant. Qui plus est, des outils et astuces sont proposés pour nous aider à mener à bien le défi. Le courriel présente par exemple Sleepyti.me, qui permet de s’endormir en harmonie avec nos cycles de sommeil. Il conseille également d’installer un filtre de lumière bleue sur nos écrans et de s’endormir sur fond de bruit blanc pour ne pas être réveillé par quelque pollution sonore.

Malgré toutes ces recommandations, je n’ai pas réussi à tenir l’éveil aux aurores sur toute la longueur. Il s’agit pour moi de l’un des défis les plus difficiles car j’ai beaucoup de mal à discipliner mes heures de coucher sur plusieurs jours consécutifs. Et puisqu’il faut se coucher tôt pour se lever tôt, il a suffi d’une seule soirée festive en fin de semaine pour que je cède le lendemain à la tentation douillette de mon sommier. Reste que le simple fait d’avancer mon réveil m’a tout de même conduit, en moyenne, à me lever plus tôt, malgré les dérapages de parcours.

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Parmi les autres défis physico-mentaux, certains m’étaient plus faciles. La douche froide par exemple, que j’avais déjà expérimentée sur 28 jours en hiver. Ou la séance de sport du matin, que je pratique déjà trois fois par semaine. Ou le fait de se nourrir d’aliments très basiques comme le riz (aliment principal des repas que je me cuisine) pendant toute une journée. D’autres exercices me sortaient de ma zone de confort, mais sans réelle difficulté : marcher pendant une heure, contempler les étoiles ou le lien entre le cosmos et les êtres, pratiquer une nouvelle activité…

L’intérêt de ces défis est qu’ils mettent en mouvement le corps et l’esprit à des fins vertueuses sans qu’il n’y ait besoin d’équipement particulier ou d’interaction avec autrui. Très simple dans leur définition, il est possible de les réaliser à n’importe quelle période de l’année, dans n’importe quel contexte. Qu’en est-il des défis sociaux alors ?

  • LES DÉFIS SOCIAUX

Interagir avec autrui ou ignorer son regard, rencontrer de nouvelles personnes ou reprendre contact… Les défis sociaux sont probablement les plus difficiles à réaliser car l’être humain est avant tout un être social et l’une de ses plus grandes peurs est d’être exclu du groupe auquel il appartient. Une épée de Damoclès que semble activer cette catégorie d’épreuves.

Par exemple, passer une heure dans un environnement social sans parler ; porter ses pires vêtements et se promener ; appeler ou envoyer un message à cinq personnes avec lesquelles nous sommes en froid ou en rancune… Ce dernier cas m’a d’ailleurs posé quelques problèmes. Non pas dans son principe, mais dans sa réalisation, car, malgré ma bonne volonté, je n’ai réellement personne avec qui je suis en froid. Peut-être que certains le sont envers moi, mais la réciproque n’est pas vraie. J’ai tendance à essayer de régler les conflits avant qu’ils ne s’enlisent dans les esprits de chacun.

Sur ce défi justement, le mail associé soulignait bien qu’il ne s’agissait pas de demander clémence et pardon à la personne recontactée, mais plutôt d’être clément et compréhensif envers soi-même : « la rancune n’est rien d’autre qu’une blessure que l’on s’inflige soi-même », explique Ryan Holiday ; ou, pour le dire autrement, la colère ne fait que prolonger le mal.

Mais dans cette catégorie, l’un des défis qui m’a le plus intéressé est celui qui consistait à sortir avec nos pires vêtements. En soi, je n’ai pas vraiment de « pires vêtements ». J’ai donc choisi de m’habiller avec les pièces de mon dressing qui n’allaient pas du tout ensemble. Voici mon accoutrement : polo rose, jogging gris agrémenté de deux bandes blanches et veste bleu foncé à rayures jaune d’un style douteux.

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La magnifique tenue pour le défi

D’habitude, comme beaucoup de monde, j’ai tendance à suivre une certaine cohérence dans ma tenue. Un style vestimentaire harmonieux donne davantage de confiance en soi. On connaît tous, ou presque, l’effet de se parer d’une belle veste ou d’une belle robe. Là, j’étais parfaitement incohérent, sans aucun style. Mais, comme prévu, peu de gens ont remarqué cela. Et si certains regards semblaient appuyés, ce n’était rien d’autre qu’un bel exercice pour s’entraîner à les ignorer.

Ce que j’ai retenu de ce défi ? Une idée très simple : si la confiance en soi fluctue selon la qualité des textiles dont nous nous revêtons, alors ce n’est pas de la confiance en soi. Cette dernière ne doit pas dépendre de choses qui me sont extérieures. Comment acquérir une telle assurance ? En agissant, en sortant de sa zone de confort. Et les défis sociaux permettent justement cela en nous amenant dans des zones d’inconfort parfois très intimidantes. Le jeu en vaut la chandelle. 

En parallèle de ces exercices, il s’avère également important d’avoir un esprit lucide pour être conscient de son évolution, de ses erreurs, de ses réussites. La dernière catégorie de défis concerne justement ceux en lien avec l’écriture et la réflexion. 

  • LES DÉFIS DE RÉFLEXION DANS L’ÉCRITURE

Revenir sur son passé, observer le présent avec un œil nouveau, anticiper l’avenir ou s’y fixer un cap… Écrire est à la portée de tout le monde. Mais malgré l’apparente simplicité de cette catégorie, il faut parfois de longues minutes avant de trouver l’inspiration voire le courage d’écrire ce qui doit être écrit. Fort heureusement, Ryan Holiday se veut très pédagogue dans les courriels du 30 day Stoic challenge.

Concrètement, on ressent l’influence de Marc Aurèle dans les idées d’écriture. Par exemple, tenir un journal à jour tous les matins, définir cinq modèles auxquels on s’identifie, pratiquer la visualisation négative sous forme rédigée, avec les stratégies de résilience à mettre en place, lister les choses qu’on aimerait accomplir si l’on devait mourir d’ici cinq ans ou même recopier des passages des Pensées pour moi-même de Marc Aurèle.

En soi, je tiens déjà à jour, de façon très irrégulière, un journal de pensées philosophiques dans lequel j’inscris mes réflexions, les enseignements de la journée, les conseils que je devrais suivre, ce que j’imagine de mon moi supérieur, etc. J’écris aussi tous les rêves dont je me souviens car je pense qu’ils peuvent aider à prendre conscience de certaines choses.

Dans le cadre du challenge, parmi tous les défis de réflexion dans l’écriture, celui qui consiste à définir cinq modèles que l’on admire fut particulièrement intéressant. D’abord, car il oblige à s’interroger sur les qualités que l’on admire chez les autres ; ensuite car il permet d’avoir une ligne de conduite. En effet, je peux me demander comment agirait untel que j’admire s’il était à ma place… et agir en conséquence. Les stoïciens prenaient souvent Socrate en exemple pour guider leur conduite.  Dans ses écrits, Marc Aurèle avait aussi de nombreux autres modèles. Cela allait de sa mère pour sa bienveillance et sa générosité à son tuteur Rusticus qui l’initia au stoïcisme.

Pour ma part, mes cinq modèles d’alors furent Aron Ralston, pour son courage, sa résilience, sa force vitale ; le chef étoilé Philippe Etchebest – fin psychologue dans un corps de rugbyman – pour son autorité mêlée de tendresse, sa stabilité face aux situations humaines compliquées ; ma famille pour l’amour inconditionnel dont elle sait faire preuve ; Épictète pour son aisance à transmettre les idées stoïciennes dans une forme écrite accessible ; mon moi supérieur, synthèse de toutes les qualités que je souhaite développer et auquel je peux m’identifier pour prendre les bonnes décisions. Je ne crois pas qu’un modèle doit nécessairement être parfait en tout, mais il doit nous permettre de s’identifier à des traits de caractère, des qualités, des vertus que nous aimerions développer.

Ryan Holiday explique d’ailleurs l’intérêt de s’identifier à ceux que nous admirons en quatre points : cela fournit de l’inspiration, améliore l’estime de soi, insuffle de l’autodiscipline et influence la famille (le comportement des adultes influence celui des enfants : plus on travaille à devenir ce que l’on veut être, plus les enfants sont susceptibles de suivre cet exemple).

  • CONCLUSION

À travers ces trois formes d’épreuves, le mois stoïcien proposé par Daily Stoic permet donc d’acquérir de nouveaux automatismes favorables à notre tranquillité d’esprit, notre estime de soi, notre excellence de caractère. Pour être tout à fait honnête, je dois néanmoins reconnaître n’avoir pas réussi à suivre le calendrier jusqu’à son terme. Je me suis interrompu aux alentours du 23ème jour (défi : recopier des passages des Pensées pour moi-même). La raison étant que je ne ressentais pas le besoin de réaliser tous les défis.

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Le calendrier Daily Stoic du défi

Certains me semblaient vraiment pertinents, comme se lever plus tôt, prendre des douches froides, être aimable envers des inconnus… D’autres un peu moins, comme passer une heure sans parler dans un environnement social, écrire les choses qu’on aimerait accomplir avant sa mort, ne pas consulter les informations du jour… Je sais que tous ces défis ont de bonnes raisons d’être, mais elles n’étaient pas suffisantes pour me pousser à l’action.

Une autre réserve également est l’aspect « boîte à outils » de ce challenge. Le stoïcisme devient ici instrumental et sert des objectifs variés. Ryan Holiday justifie beaucoup d’actions en se référant à différentes études scientifiques, du type « si vous faites cela, vous obtiendrez ceci ». Par contraste, il s’agit d’un procédé que l’on ne retrouve pas vraiment dans la Semaine stoïcienne organisée par Modern Stoicism, qui met l’emphase sur le fait que l’action droite doit être sa propre récompense. Ce n’est pas vraiment un grand défaut en soi, mais il peut sembler que la doctrine stoïcienne en sort appauvrie. J’ai eu l’impression, parfois, d’être « trop » guidé. Je n’avais pas à méditer outre mesure l’intérêt de l’action puisque Ryan Holiday l’avait fait pour moi, arguments scientifiques à l’appui ; arguments qui donnent la sensation que l’acquisition d’une stabilité intérieure ou d’une excellence de caractère sont des motivations secondaires.  On passe ainsi d’un défi à l’autre en voyant les bienfaits de chacun mais sans vraiment méditer sur le sens de l’ensemble. 

Ce sont mes seules réserves quant à ce mois stoïcien qui, au demeurant, propose d’excellentes idées pour mettre l’éthique en pratique. Il constitue à coup sûr une ressource comme les autres dans ma pratique quotidienne.

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