Stoïcisme et Communication NonViolente (CNV) : des philosophies de vie complémentaires ?

En découvrant la Communication NonViolente, ma pratique du stoïcisme a connu une sorte de renouveau inattendu : plus concret, plus incarné, plus simple d’accès. J’ai ensuite trouvé le dialogue entre ces deux philosophies d’une très grande pertinence. Je pense qu’un stoïcisme fondé sur les principes de la CNV est possible et souhaitable. C’est de cela dont j’aimerais vous parler dans cet article.

Sommaire (cliquez pour accéder directement à la partie)
1. Qu’est-ce que la communication NonViolente (CNV) ?
2. CNV et stoïcisme : quel rapprochement ?
3. CNV et stoïcisme : un même rapport au réel ?
4. Cultiver l’intelligence émotionnelle
5. Le langage des besoins : la principale différence ?
6. Demander le possible
7. Stoïcisme et CNV : points communs et différences
8. Conclusion : à quoi ressemblerait un stoïcisme fondé sur les principes de la CNV ?

La Communication NonViolente (CNV) est une méthode de communication consciente, où l’on essaye de faire preuve d’empathie, d’authenticité et de responsabilité, dans nos mots, notre attitude et notre intention.

Dans son livre Les mots sont des fenêtres ou bien ce sont des murs, le psychologue Marshall B. Rosenberg (1934-2015), fondateur de la CNV, la définit ainsi : 

« Un mode de communication — d’expression et d’écoute qui favorise l’élan du cœur et nous relie à notre bienveillance naturelle » (chapitre 1). 

Il précise plus loin : 

« la CNV est plus qu’un processus ou un langage : c’est une invitation permanente à concentrer notre attention là où nous avons le plus de chances de trouver ce que nous recherchons » (chapitre 1). 

Autrement dit, c’est une philosophie de vie qui englobe tout notre être, et non seulement le langage ou le relationnel.

Marshall B. Rosenberg présente la CNV selon un processus composé de 4 étapes :  

  1. observer sans évaluer
  2. identifier et exprimer les sentiments
  3. identifier et exprimer les besoins
  4. créer des demandes négociables

Je considère que ce processus, avec ses outils, peut révolutionner la pratique du stoïcisme et enrichir la qualité de notre vie et celle des autres. Je pense que la CNV est complémentaire au stoïcisme pour deux raisons : 

  1. Ses principes rejoignent en plusieurs endroits ceux du stoïcisme. Si bien que Marshall B. Rosenberg cite Épictète dans son chapitre intitulé « Assumer la responsabilité de ses sentiments » (ils dépendent en effet de nous).
  2. Elle offre des exercices pratiques qui pourraient être une mise en application concrète de principes stoïciens parfois abstraits pour notre œil contemporain.
Précision sur l’écriture « CNV » 
La Communication NonViolente s’écrit sous cette forme afin de distinguer le processus précis décrit par Marshall B. Rosenberg du terme générique de « communication non violente », qui appartient au langage commun. Dans cet article, il est question de la CNV de Marshall B. Rosenberg uniquement. 

1. Observer sans évaluer 

La CNV et le stoïcisme accordent tous les deux une grande importance aux faits. Les deux philosophies considèrent que l’observation objective contribue à notre bien-être. 

STOÏCISME

« « Son navire a péri. Qu’est-il arrivé ? » — « Son navire a péri. » — « Il a été conduit en prison. Qu’est-il arrivé ? » — Il a été conduit en prison. » Mais la proposition : « Il lui est arrivé malheur », c’est de son propre fonds qu’on la tire. »
Épictète, Entretiens, III, 8, 5

« La représentation objective ou adéquate, c’est celle qui correspond exactement à la réalité, c’est-à-dire qui engendre en nous un discours intérieur qui n’est rien d’autre que la description pure et simple de l’événement, sans aucun jugement de valeur subjectif. »
Pierre Hadot, Introduction aux Pensées de Marc Aurèle, VI, 1

Pour la CNV, être capable de distinguer ce qui est objectivement observable et ce qui relève d’une interprétation subjective aide à réduire les malentendus et les conflits interpersonnels. 

Pour le stoïcisme, rester dans la « représentation » objective des événements contribue à notre tranquillité intérieure. 

Cet exercice consiste à décrire ce que nos sens nous donnent à voir des objets extérieurs, sans y ajouter aucun contenu émotionnel. 

Marc Aurèle le réalise dans ses Pensées (VI, 13) : 

« Comme il est important de se représenter, à propos des mets recherchés et d’autres nourritures de ce genre : « Ceci est du cadavre de poisson, ceci est du cadavre d’oiseau ou de porc », et aussi : « Ce Falerne, c’est du jus de raisin », « Cette pourpre, c »est du poil de brebis mouillé d’un sang de coquillage ». Et, à propos de l’union des sexes : « C’est un frottement de ventre avec éjaculation, dans un spasme d’un liquide gluant. » »

Pratique de la CNV : utiliser un langage dynamique et circonstancié

La CNV s’avère complémentaire de la pratique stoïcienne, et insiste davantage sur les mots que nous utilisons et qui peuvent semer la confusion entre observation et évaluation. Elle invite à dire « je » plutôt que « tu » ou « on », à éviter les adverbes comme « toujours » ou « jamais » et les mots tels que « souvent « et « rarement », qui créent de fausses généralisations. 

Ainsi :

  • ❌« Tu es toujours en retard »  devient
    ✅« Les deux dernières fois, tu es arrivé après l’heure convenue ».
  • ❌« Tu es trop généreux » devient
    ✅« Quand je te vois donner tout ton argent de poche, je pense que tu es trop généreux. ».
  • ❌« Il traîne dans son travail » devient
    ✅« Il ne commence à réviser qu’à la veille des examens. »
  • ❌« Il écrit très mal »  devient
    ✅« Je n’arrive pas à déchiffrer son écriture ».

2. Assumer la responsabilité de ses sentiments

CNV et Stoïcisme insistent sur la responsabilité que nous avons à l’égard de nos propres sentiments, à quelques nuances près. 

STOÏCISME

« Parmi les choses, les unes dépendent de nous, les autres n’en dépendent pas. Dépendent de nous, d’une part, le jugement, l’impulsion, le désir, l’aversion et en un mot toutes nos activités propres. Ne dépendent pas de nous, d’autre part, le corps, nos biens matériels, les opinions que les autres ont de nous, les magistratures et en un mot tout ce qui n’est pas notre activité propre. »
Épictète, Manuel, 1

« Ils pensent que toutes les passions dérivent du jugement et de l’opinion; c’est pourquoi ils les définissent avec tant de soin, pour que l’on comprenne non seulement combien elles sont répréhensibles mais à quel point elles sont en notre pouvoir. »
Cicéron, Tusculanes, IV, 7

Pour les stoïciens, les sentiments viennent de nos jugements. Si je suis en colère, ce n’est pas parce que quelqu’un m’a objectivement fait du mal, mais parce que j’accepte la représentation subjective selon laquelle « quelqu’un m’a fait x, et x est un mal ». Si je change mon jugement selon lequel « x est un mal », je change mon émotion. Le stoïcisme propose un vocabulaire émotionnel riche, qu’il rattache constamment à des opérations logiques du type : « si je me représente que x est un bien ou un mal, alors je me sentirai bien ou mal ». 

Dans la CNV, les sentiments expriment nos propres besoins. Ils sont toujours le résultat de notre propre intériorité. Comprendre cela nous permet de ne pas accuser l’autre, et d’utiliser les bons mots pour garder un lien de qualité. Par exemple, au lieu de dire « tu m’as déçu en ne venant pas hier soir », le pratiquant de CNV dira plutôt « J’étais déçu que tu ne viennes pas parce que je voulais discuter de certaines choses qui me contrarient. » Dans le premier cas, celui qui parle rejette la responsabilité de sa déception sur le comportement de l’autre. Dans le deuxième cas, il attribue son sentiment de déception à son propre désir inassouvi. 

Stoïcisme et CNV ont cependant un rapport différent aux émotions :

  • le stoïcisme propose de changer nos jugements pour déraciner nos émotions désagréables — des maladies de l’âme — et cultiver des émotions agréables ;
  • la CNV propose d’observer nos émotions comme des indicateurs précieux sur nos besoins assouvis ou inassouvis, et de les communiquer efficacement à autrui pour les résoudre. Elle aide à cultiver les émotions agréables, mais n’en fait pas un objectif absolu, et ne considère pas les émotions désagréables ou passions comme des « maladies de l’âme ».

Pratique du Stoïcisme : redéfinir le bien et le mal

Du point de vue stoïcien, nous possédons naturellement les notions de bien et de mal. Elles se créent par la confrontation avec le réel : « certaines choses me font du bien, ces choses sont donc un bien » ; « d’autres choses me font du mal, ces choses sont donc un mal. » Nous passons ensuite notre vie à chercher le bien et à éviter le mal, selon notre représentation du bien et du mal, et cela détermine nos émotions. 

Le stoïcisme considère que la plupart des gens sont malheureux parce qu’ils ont une mauvaise conception du bien et du mal : ils situent le bien et le mal dans les circonstances extérieures. Le stoïcisme invite donc à redéfinir ces notions de la façon suivante : 

  • le seul bien est la vertu, une disposition intérieure qui me permet de faire face à n’importe quelle situation, et de cultiver les émotions d’amour, de compréhension, de gratitude, de zèle, etc. ;
  • le seul mal est le vice, une disposition intérieure chaotique, qui m’entraîne dans la spirale des émotions désagréables — trouble, anxiété, dépression, rage, etc. 

« La définition stoïcienne du bien et du mal a pour conséquence de transformer totalement la vision du monde en dépouillant les objets ou les événements des fausses valeurs que les hommes ont l’habitude de leur attribuer et qui les empêchent de percevoir la réalité dans sa nudité. »

Pierre Hadot, Introduction aux Pensées de Marc Aurèle, VI,2

Pratique de la CNV : relier l’émotion à mon besoin propre

Du côté de la CNV, le pratiquant est invité à : 

  • enrichir son vocabulaire émotionnel — aller au-delà du simple « je me sens bien / mal », qui ne donne que très peu d’information à l’autre et à soi-même ; 
  • comprendre le lien entre l’émotion et le besoin (et à cultiver un riche vocabulaire des besoins) ;
  • éviter certaines tournures de phrases qui nous déresponsabilisent de nos émotions, comme :
    • l’emploi de pronoms démonstratifs sans antécédents (cela, ça…) : « ça m’énerve de voir des fautes d’orthographe » ;
    • les formulations qui font uniquement référence aux actes des autres : « Maman est déçue quand tu ne finis pas ta soupe » ;
    • l’emploi de l’expression « Je suis (+ émotion) parce que… » suivie du nom d’une personne ou d’un pronom personnel autre que « je » : « Je suis blessé parce que tu as dit que ne m’aimais pas ». 
  • privilégier un modèle du type : « Je me sens… parce que je… » :
    • « Je suis en colère quand des fautes d’orthographe se glissent dans nos mails, parce que je veux que notre entreprise ait une bonne image de marque » ;
    • « Je suis déçue quand tu ne finis pas ta soupe parce que je veux que tu deviennes un garçon fort et en bonne santé » ;
    • « Je suis triste quand tu dis que tu ne m’aimes pas, parce que j’aimerais que nos sentiments soient réciproques ». 

Exemple de liste des émotions utilisée en CNV.

3. Les besoins : savoir les identifier et les distinguer des sentiments

STOÏCISME

« Il n’est connaissance, même si elle n’a pas avec la philosophie le plus lointain rapport, dont je ne tâche d’extraire quelque chose pour l’approprier à nos besoins. »
Sénèque, Lettre à Lucilius, 58, 26.

En CNV, le sentiment découle toujours d’un besoin. C’est cela qui aide à comprendre que nous sommes bien responsables de nos émotions. Par exemple, si je me sens anxieux à un concert de musique, c’est peut-être parce que j’ai besoin de calme à ce moment-là. J’apprécierai alors le fait de me retrouver seul un instant. Ce besoin est bien à moi : ce n’est pas l’autre — ou le concert de musique — qui en est responsable. 

Dans le stoïcisme, la réflexion sur les besoins est moins présente. C’est surtout le besoin fondamental de s’épanouir en tant qu’être humain qui est pris en compte, comme un besoin impérieux et supérieur aux autres. Les autres besoins — qui contribuent à cet épanouissement — sont moins mentionnés. 

En bref, la CNV ne hiérarchise pas les besoins. Elle observe simplement que nous avons différents besoins, à différents moments, et que nos émotions découlent de ces besoins. Le stoïcisme invite à se régler, en quelque sorte, sur le besoin universel du bonheur, d’être heureux. 

Je pense qu’un stoïcisme contemporain pourrait tout à fait recourir à l’approche de la CNV ici, qui offre une dimension pratique plus accessible que celle du stoïcisme traditionnel et de son aspiration au bonheur ou à la vertu parfois abstraite.  

Pratique du stoïcisme : vivre de façon utile à soi et aux autres

Le stoïcisme invite à tirer profit de ce qui nous arrive, à savoir pourquoi nous faisons ce que nous faisons et à s’efforcer d’agir en vue de notre épanouissement en tant qu’être social et rationnel. Épictète critique par exemple le fait de lire sans vraiment savoir pourquoi nous lisons, ou le fait de lire pour de « mauvaises » raisons comme le plaisir (un faux bonheur) ou la connaissance qui n’aide en rien à mieux vivre (c’est une perte de notre précieux temps).

« Pourquoi veux-tu lire, dis-moi ? Si tu vas jusqu’au bout de ta lecture pour te charmer l’esprit ou pour apprendre, tu es bien vain et misérable. Si tu rapportes la lecture au but qu’elle doit avoir, qu’est ce but sinon le bonheur ? Mais si la lecture ne te procure pas le bonheur, à quoi sert-elle ? – Mais elle me le procure et c’est pourquoi je suis fâché d’en être privé. – Quel est ce bonheur que n’importe qui peut interrompre, je ne dis pas César ou un ami de César, mais un corbeau, un joueur de flûte, la fièvre et mille autres choses ? Or le bonheur est avant tout chose continue et sans interruption. » 

Épictète, Entretiens, IV, 1

Tout peut devenir utile à notre propre épanouissement, à la structuration de notre caractère pour devenir vertueux, inspirant, résilient, heureux. Une manière d’y réfléchir est de se demander : en quoi ce que je fais maintenant est-il utile pour moi ? Est-ce que cela répond bien à l’un de mes besoins fondamentaux ? 

« À mon habitude, je m’étais mis à regarder autour de moi pour voir s’il n’y aurait pas quelque spectacle d’où je pusse tirer profit. » – Sénèque, Lettres à Lucilius, 55, 3.

Pratique de la CNV : exprimer clairement nos besoins

La CNV propose de remonter à la source de nos émotions : les besoins. Elle considère que les jugements, critiques, diagnostic et interprétations portés sur les autres sont des expressions détournées de nos propres besoins insatisfaits. Si quelqu’un dit « Tu ne me comprends jamais », il nous dit en réalité que son besoin d’être compris n’est pas satisfait. La pratique de la CNV consiste alors à : 

  • éviter de nous juger fautif ou de rejeter la faute sur les autres ; 
  • identifier les sentiments et les besoins qui se cachent derrière le message négatif de l’autre. 
Exemple de liste de besoins utilisée en CNV.

4. Comment faire des demandes à soi-même et aux autres ?

Le stoïcisme et la CNV ne cultivent aucune pensée magique : ils ont un rapport pragmatique au réel. 

STOÏCISME

« Ne demande pas que ce qui arrive arrive comme tu désires ; mais désire que les choses arrivent comme elles arrivent, et tu seras heureux. »
Épictète, Manuel, 8

Dans la CNV, la demande est une étape importante : elle permet d’informer l’autre de ce qu’on attend précisément de lui, pour contribuer à notre bien-être, sans négliger le sien. La demande ouvre un espace de discussion : l’autre peut refuser notre proposition, auquel cas la CNV invite à explorer d’autres pistes, de façon créative, pour répondre aux besoins des deux partis. La demande est toujours concrète, immédiate, dans un langage positif, négociable, soucieuse de l’autre.

Du côté du stoïcisme, la notion de « demande » est moins présente. Le stoïcien se fait d’abord une demande à soi-même : celui de suivre le chemin de la vertu, parce qu’il estime que c’est une stratégie adaptée pour son bien-être et celui des autres. Il cultive son autonomie et les réflexions sur l’interpersonnel ne sont pas aussi poussées que dans la CNV. Par ailleurs, le stoïcisme invite à satisfaire simplement nos besoins : il insiste donc sur des demandes simples et modestes, qui dépendent de nous, autant que possible. 

Sénèque dit par exemple : 

« Considère en toute chose le but, le terme, et tu diras adieu au superflu. La faim me somme ; il n’y a qu’à allonger la main vers le premier aliment venu : la faim me fera toujours trouver bon celui que j’aurai saisi. L’affamé ne crache sur rien. » — Lettre 119, 4. 

Pratique du stoïcisme : vouloir que les choses arrivent comme elles arrivent

Face à une situation qui ne dépend absolument pas de nous, le stoïcisme suggère de changer notre discours intérieur : ne plus se dire que nous désirons ce qui n’est pas, mais que nous désirons ce qui est. 

Il propose de méditer différents arguments pour y parvenir : « la difficulté forge notre caractère », « seul l’avenir dira si c’est un bien ou un mal », « cela n’empêche pas de voir ce dont je peux être reconnaissant par ailleurs », etc.

Pratique de la CNV : demander ce qui contribuerait à notre bien-être

Les principes de la CNV en ce qui concerne les demandes sont les suivants : 

  • Utiliser un langage d’action positif — je dis ce que je veux, plutôt que ce que je ne veux pas ;
  • Formuler une demande consciemment, c’est-à-dire :
    • ne pas simplement partager nos sentiments, sans demande derrière, car l’interlocuteur peut en être confus ;
    • rattacher la demande à nos sentiments et à nos besoins, pour réduire le risque que l’interlocuteur ne voie pas cela comme une exigence
  • Demander un retour, si nécessaire, lorsque nous voulons nous assurer que le message que nous avons émis est bien celui qui a été reçu.
  • S’intéresser à ce que l’interlocuteur ressent, ce qu’il pense ou s’il est disposé à entreprendre une action spécifique. 
  • Garder à l’esprit que l’objectif est d’établir une relation fondée sur la sincérité et l’empathie, et non pas de satisfaire coûte que coûte notre demande. Si nous critiquons ou jugeons l’interlocuteur lorsqu’il ne répond pas à notre demande, c’est que nous formulons une exigence et non une demande. 
Une demande peut ainsi ressembler à : 
Un professeur qui arrive dans une classe turbulente, avec les élèves debout dans toute la salle : 
« J’aimerais que vous veniez tous vous asseoir pour que je puisse vous dire qui je suis et ce que je voudrais faire avec vous aujourd’hui. »

Si d’autres élèves restent debout après cette demande : 
« Excusez-moi, l’un d’entre vous voudrait-il me répéter ce qu’il m’a entendu dire ? »

Si cela est perçu comme une exigence, le professeur peut répondre : 
« Monsieur [à l’élève], voudriez-vous me dire comment j’aurais pu vous faire part de ce que je souhaitais sans avoir l’air de vous donner des ordres ? »

Cet exemple est celui de Marshall Rosenberg, qui le détaille dans son livre Les mots sont des fenêtres. 

En bref, voici un tableau récapitulatif des différences et des points communs entre la CNV et le stoïcisme.

STOÏCISMECNVPOINTS COMMUNS
PHILOSOPHIESUIVRE
LA VERTU
SUIVRE SON
ÉLAN DE VIE
S’écouter soi-même
RAPPORT AU RÉELALIGNER MA PENSÉE SUR LES FAITSDISTINGUER LES FAITS ET MA PENSÉENe pas  confondre mon opinion avec la vérité
ORIGINE DES ÉMOTIONSJUGEMENTSBESOINSMes émotions dépendent de moi
RAPPORT AUX BESOINSINVITE À SE RÉGLER SUR LE BESOIN UNIVERSEL DU BONHEUR, D’ÊTRE HEUREUXEXPRIME UNE ÉMOTION, PAS DE HIÉRARCHIELE(S) BESOIN(S) NOUS GUIDENT
AUTRUIPAS CENTRAL, MAIS IMPORTANT QUAND MÊMEAU CENTRE DE LA CNVVeulent relier « je » et « nous »
LES DEMANDESÀ SOI-MÊME, ET QUI DÉPENDENT TOTALEMENT DE NOUSAUX AUTRES ET À SOI-MÊMEDes demandes qui s’adaptent à ce qui ne dépend pas complètement de nous (réaction de l’autre, le réel…)
Tableau comparatif Stoïcisme et CNV

Conclusion : à quoi ressemblerait un stoïcisme fondé sur les principes de la CNV ? 

Voici ce que je propose de mettre en place pour combiner stoïcisme et CNV. Ce sont des principes à utiliser comme des outils. 

  • J’évite de dire « je dois » ou « il faut », et préfère dire « je choisis ». Par exemple « Je choisis d’affronter cette peur, car je veux en être moins dépendant » plutôt que « je dois / il faut être courageux ». 
  • J’évite d’utiliser un langage de jugement (au sens de la CNV) : il n’y a pas d’ « ignorants », d’« idiots », de « méchants », mais des actes qui peuvent faire du mal, commis par des gens qui répondent à leurs besoins en étant totalement déconnectés du besoin des autres, sans empathie — ce qui crée beaucoup de mal-être.
  • J’utilise le langage riche des émotions et des besoins de la CNV lorsque je juge cela utile, pour me relier à l’autre ou à moi-même par exemple. 
  • J’accepte ma sensibilité, en étant attentif à ne pas me laisser emporter : la tristesse, la joie, la colère, la déception, etc.
  • Je me considère comme responsable de mes émotions, que ce soit lié à mes besoins ou à ma conception du bien et du mal.
  • J’essaye de garder à l’esprit ce qui dépend de moi et ce qui n’en dépend pas, notamment dans les situations difficiles. 
  • Je n’hésite pas à demander aux autres des choses qui ne dépendent pas de moi, mais qui contribueraient à mon bien-être, et m’efforce d’accepter le résultat.
  • Je veille à garder à l’esprit que c’est la qualité du lien avec moi-même et avec les autres qui compte, plus que le résultat des actions.
  • Je reconnais qu’il y a des émotions qui contribuent davantage à mon bien-être que d’autres, et que ces émotions se rapprochent de ce que le stoïcisme qualifie d’émotions rationnelles. Je comprends qu’on puisse vouloir développer et prioriser ces émotions par rapport à d’autres — auquel cas le stoïcisme me paraît être une voie adaptée. 
  • Je visualise deux modes d’action dans mon esprit : CNV et stoïcisme, et pousse le curseur d’un côté ou de l’autre selon ce dont j’ai besoin. Je fais parfois ce qu’on attend de moi ou ce que je pense être juste ; je fais parfois ce que j’estime être nécessaire à mon bien-être. Je cherche l’équilibre. 
  • J’essaye de communiquer très clairement avec les autres, et de comprendre le plus finement possible mes émotions, mes besoins, mes jugements, mon fonctionnement — car il est impossible de bien communiquer sans se connaître soi-même.

Si cette approche vous plaît, vous voudrez peut-être y ajouter des éléments de votre propre expérience : tenir un journal intime à la façon des stoïciens, exercer votre gratitude, cultiver les bons sentiments du devoir accompli, etc. 

Je pense que l’important est de trouver le juste équilibre pour accepter nos émotions sans les subir, et cultiver un état d’esprit qui produit des émotions agréables plutôt que désagréables. La combinaison de la CNV et du stoïcisme me paraît pertinente pour y parvenir. Qu’en pensez-vous ?



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