Newsletter #14 – la Nature a pris soin de nous… à nous de prendre soin de la Nature ?

Octobre 2026. Vivre le stoïcisme aujourd’hui. Numéro 14

Une fois par mois, cette newsletter vous offre du contenu inédit : des exercices pratiques, des réflexions contemporaines et/ou un tour d’horizon de l’actualité du stoïcisme. Si son contenu vous plaît, vous pouvez me soutenir en réalisant un don en bas de page. Votre soutien est précieux, merci ! 🙂

🪶 Édito – les futures générations n’existent pas

Lorsque nous combattons une injustice, nous pouvons le faire « pour les générations futures ». L’intention semble généreuse : nous voulons un monde meilleur, même si nous ne sommes plus là pour en profiter. Mais pourquoi faudrait-il invoquer ceux qui ne sont pas encore nés pour reconnaître ce que nous devons à ceux qui vivent aujourd’hui ? C’est ce détour par l’avenir qui me semble trompeur.

Dans une perspective stoïcienne, la justice de notre conduite ne se mesure pas uniquement aux bénéfices qu’elle produira un jour. Elle se joue dans notre manière de juger une situation, de reconnaître nos responsabilités et d’agir avec discernement. Les résultats extérieurs restent des « indifférents » : nous devons en tenir compte, mais leur obtention ne suffit pas à rendre notre conduite juste. Les êtres humains qui peuplent actuellement la Terre nous donnent déjà des raisons d’agir. Nous pouvons défendre l’éducation parce que des élèves ont besoin, maintenant, de conditions convenables pour apprendre. Nous pouvons lutter contre le dérèglement climatique parce que des vies sont déjà affectées. Le souci des générations futures élargit notre responsabilité ; il n’est pas nécessaire pour la faire naître. Cicéron rapporte ainsi cette idée de Chrysippe : il existe naturellement entre les êtres humains « une sorte de contrat civil », et « celui qui le garde est juste, celui qui le viole, injuste » (Des fins des biens et des maux, III, 67). Notre appartenance à une communauté humaine nous engage déjà les uns envers les autres. Les blocus lycéens qui touchent actuellement la France peuvent aussi se lire sous cet angle. Les élèves dénoncent des conditions d’étude qu’ils vivent au quotidien. Leur mobilisation exprime une perception d’injustice présente, dont les raisons méritent d’être examinées. Ces jeunes ne sont pas la « future génération », ce sont des jeunes d’aujourd’hui. Préparer un monde habitable pour ceux qui viendront est une ambition légitime. Mais les personnes présentes n’ont pas à justifier leurs besoins par les bénéfices que leur satisfaction apportera demain. Leur vie compte dès maintenant. Nous n’avons pas besoin de penser aux générations futures pour commencer à agir justement.

C’est cette exigence d’agir justement dès aujourd’hui qui traverse les sujets de ce mois, de notre responsabilité écologique à l’attention que nous portons à nous-mêmes, aux autres et au monde.

🗓️ Dernier rappel : Journée stoïcienne, le 10 octobre

Il reste quelques places pour la Journée que Stoa Gallica consacre cette année au thème « stoïcisme et écologie », à Paris. Pour rappel, c’est le seul rendez-vous français de cette ampleur consacré au stoïcisme, conférences et ateliers pratiques mêlés, et l’occasion de passer une journée avec des gens qui lisent les mêmes textes que vous. Ne tardez pas !

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🪓 Sur le blog : qui a tué le stoïcisme ?

En 1998, Lawrence Becker ouvre A New Stoicism par un constat de décès : le stoïcisme comme tradition vivante n’existe plus. J’ai repris son enquête et passé en revue les cinq suspects qu’il désigne : le christianisme, la science moderne, la philosophie morale, le romantisme et la séparation des faits et des valeurs.

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🌍 À la Une : peut-on prendre soin de soi, des autres et du monde à la fois ?

Stoa Gallica publie la traduction (par Véronique Falzon) d’un texte de Christopher Gill, professeur émérite à Exeter et l’un des meilleurs connaisseurs actuels de l’éthique stoïcienne. Comment concilier le soin de soi, des autres et de l’environnement sans tomber dans une forme de panique morale ou de paradoxe indépassable ? La réponse tient dans l’oikeiôsis : souci de soi et souci d’autrui n’y sont pas l’égoïsme et l’altruisme, deux motivations opposées dont l’une vaudrait mieux que l’autre. Ce sont deux ressorts naturels, ni bons ni mauvais en eux-mêmes, qui ne deviennent justes qu’exercés vertueusement, et qui ont alors besoin l’un de l’autre.

Gill prévient : le soin porté au monde naturel est pratiquement absent du stoïcisme antique. Ce qu’on y trouve, c’est l’inverse, une nature providentielle qui prend soin de nous. Mais il montre que les matériaux pour le reconstruire existent, notamment l’idée que le cosmos possède une valeur intrinsèque et non une simple utilité pour les humains. D’où sa proposition : traiter la responsabilité environnementale non comme une quatrième obligation à empiler, mais comme une manière d’exercer correctement les deux premières. Son exemple est volontairement modeste, renoncer à un week-end lointain en avion pour des vacances près de chez soi, et il y lit les quatre vertus à l’œuvre.

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🔎 Sur le blog : Prosochê : ce que les stoïciens entendaient vraiment par « attention »

Aujourd’hui, la prosochê est fréquemment présentée comme une forme d’« attention à soi-même », voire de « pleine conscience stoïcienne ». Sans être totalement fausse, cette traduction ne rend pas compte de la totalité de cette notion. Que signifie concrètement « faire attention » pour un stoïcien ? Et surtout : à quoi devons-nous faire attention ?

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🎥 France Culture : comment aller bien dans un monde qui va mal ?

France Culture a mis en ligne le 1er octobre une vidéo d’Elsa Mourgues partant d’une question très concrète : comment tenir, entre les canicules, les guerres, les forêts qui brûlent et le reste. La réponse passe par Épictète, expliqué par son brillant exégète Olivier D’Jeranian. À découvrir ci-dessous.

🎧 « Tout arrive par le destin » : un podcast avec Olivier D’Jeranian

Tétrapharmakos, l’émission de philosophie de Liberté FM animée par Christian Langenfeld, a ouvert sa troisième saison le 8 septembre avec un invité de choix. Olivier D’Jeranian, agrégé et docteur en philosophie (Paris 1 Panthéon-Sorbonne), a publié en mars chez Les Belles Lettres « Tout arrive par le destin ». Étude sur le fatalisme stoïcien. Une heure d’entretien de très grande qualité !

Le paradoxe discuté ? On vend aujourd’hui le stoïcisme comme une philosophie de l’action, de la responsabilité, de ce qui dépend de nous. Or les stoïciens tiennent aussi que le cosmos est intégralement ordonné, que rien n’arrive sans cause et que le futur n’est pas une page blanche. Comment vouloir, choisir et agir dans un monde où tout est déjà joué ?

La réponse de Chrysippe passe par un déplacement que D’Jeranian explique très clairement : les stoïciens redéfinissent le possible. Il était possible qu’Œdipe ne tue pas son père, non pas au sens où l’inverse aurait pu advenir, mais au sens où aucune circonstance extérieure ne l’y contraignait. Le contraire du possible, chez eux, ce n’est pas l’impossible : c’est le nécessaire. De quoi maintenir ensemble le destin et l’imputabilité de nos actes, sans passer par une métaphysique de la liberté.

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🎙️ France Info fait le point sur le papyrus stoïcien d’Herculanum

Franceinfo a consacré sa chronique « Nouveau monde » du 27 septembre à la lecture de PHerc. 1667, ce rouleau carbonisé par le Vésuve et déroulé virtuellement sans jamais être ouvert. Je vous en parlais en juillet : trois mois pour qu’une annonce de papyrologie atteigne les médias généralistes, c’est plutôt rapide. Et la chronique fait bien son travail sur la méthode, du scan au synchrotron de Grenoble jusqu’aux algorithmes du Vesuvius Challenge.

👉 J’écoute la chronique

⚖️ Pourquoi si peu de stoïciennes ? La réponse d’Isabelle Chouinard, chercheuse

Le mois dernier, je vous parlais des 12,8 % de femmes relevés par le College of Stoic Philosophers, et de la recherche d’Isabelle Chouinard sur les femmes dans la philosophie hellénistique. Je mentionnais au passage un groupe montréalais qui l’avait invitée. C’était le portique Stoa Gallica de Montréal, qui vient de publier la synthèse de cette rencontre. Il y est question de Musonius Rufus et de son approche faussement égalitaire ainsi que de Sharon Lebell, stoïcienne contemporain, qui entretient malgré elle une approche genrée du stoïcisme.

👉 Je lis la synthèse

💻 La Semaine stoïcienne, du 12 au 18 octobre, en ligne

Dans la continuité de la Journée stoïcienne, la Semaine stoïcienne se déroulera du lundi 12 au dimanche 18 octobre, sur le même thème. Chaque journée sera consacrée à un champ du système philosophique stoïcien (tel que la physique, la logique, la thérapeutique des passions, la discipline de l’assentiment, etc.) et sera agrémentée de citations, mises en situations et exercices de niveaux débutant à avancé.

👉 Je participe à la Semaine stoïcienne

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