Le daimôn stoïcien : découvrez ce mystérieux dieu qui est en vous

« Il n’y a point de terme [autre que le daimôn], dans la langue religieuse et philosophique des Grecs, qui soit plus complexe, dont l’interprétation dépende davantage d’un milieu, d’une époque ou d’un système déterminé. » Voici comment le spécialiste du sujet, J. A. Hild, présente le daimôn dans le Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines.

Qu’est-ce que le daimôn ? Pourquoi est-ce important pour être heureux ? Comment pouvez-vous le cultiver ? Réponse dans cet article.

Qu’est-ce que le daimôn dans le Stoïcisme ?

Daimôn a donné « démon » en français mais ces termes ne recoupent pas vraiment la même réalité.

Dans le Stoïcisme, le daimôn a principalement 2 sens :

  1. C’est un synonyme de Raison
  2. C’est un dieu qui vit en nous et qui se distingue de la Raison

La première interprétation est soutenue par Pierre Hadot, dans son Introduction aux Pensées de Marc Aurèle. Il remarque que, dans les Pensées de Marc Aurèle, remplacer le mot daimôn par Raison suffit à éclaircir le sens de ce terme. Le daimôn est alors équivalent à la Raison, au moi, à l’intellect (noûs), à la puissance de réflexion (dianoia) et au principe directeur (hegemonikon).

« [Ces mauvaises actions], les hommes les commettent non avec leurs mains ou leurs pieds, mais avec la partie la plus noble d’eux-mêmes, qui devient pourtant, si elle le veut, foi, pudeur, vérité, loi, bon daimôn » Marc Aurèle (X,13)

Le deuxième sens est soutenu par Pierre Vesperini, dans sa biographie de Marc Aurèle. Il note effectivement que Marc Aurèle utilise parfois le mot daimôn comme synonyme de Raison mais qu’il distingue aussi très souvent les deux termes. L’empereur philosophe explique ainsi que le daimôn reste avec nous après la mort (VIII,45) à ou encore que la Raison doit accomplir les ordres du daimôn (V,27). Dans ce sens, le daimôn n’est pas une métaphore de la Raison mais un dieu logé dans notre poitrine (III,16) à qui il faut rendre un culte.

« Le propre de l’homme de bien est d’aimer les dieux, d’accueillir les événements et tout ce qui lui vient du destin, de ne pas brouiller ni troubler par une foule d’images le démon logé en leur poitrine, de le conserver propice, obéissant à Dieu selon la règle, sans rien dire de contraire à la vérité, ni faire aucune action contraire à la justice » Marc Aurèle (III,13)

Stoïcisme : les 3 fonctions du daimôn

Dans tous les cas, le daimôn est une entité attachée à l’individu, depuis sa naissance, qui joue l’intermédiaire entre les êtres humains et les dieux. Le daimôn est un fragment du dieu plus grand (la Nature, Zeus), placé en chaque être humain.

Il exécute 3 fonctions :

  • destin individuel — notre daimôn déterminerait tout ce qui est inné en nous (tempérament, inclinations, tendances, voire même épreuves individuelles…)
  • juge intérieur — c’est un dieu qui surveille nos actions, nos paroles et nos pensées et qui fait que nous nous sentons mal quand nous agissons mal et bien quand nous agissons bien
  • ange gardien — c’est la petite voix intérieure qui conseille, cette intuition qui ne se trompe pas, cet Eurêka, ce rêve qui résout une situation, ce déclic, cette forme de conscience morale que Socrate disait avoir reçu des dieux.
Maël Goarzin étudie le passage où Épictète parle du démon intérieur qui surveille nos actions

Lorsque vous fermez les portes et faites l’obscurité à l’intérieur, souvenez-vous de ne jamais dire que vous êtes seuls ; car vous ne l’êtes pas, mais le dieu est à l’intérieur, votre démon est à l’intérieur. Épictète, Entretiens (I, 14, 10)

Pourquoi le daimôn est-il important dans le stoïcisme ?

Le daimôn est important car c’est lui qui détermine notre destin individuel, qui forme notre conscience morale et qui nous aide à bien agir. Dans la série The Good Place, l’héroïne Eleanor y fait implicitement référence dans ce dialogue :

Eleanor et Michael

Eleanor : Chaque fois que je faisais quelque chose de minable sur Terre, il y avait une petite voix derrière ma tête qui disait, « Eleanor, ne prends pas cette poignée d’olives au bar à salade. Tu sais, tu n’as pas payé pour ça », ou « Eleanor, ne crache pas ces noyaux d’olives sur le sol de l’épicerie. Ce n’est pas cool. » Ou « Eleanor, ce vieux monsieur vient de glisser sur ton noyau d’olive, et il est tombé. N’utilise pas le fait que tout le monde est distrait pour retourner voler d’autres olives. »
Michael : Je vois.
Eleanor : Ce truc d’éthique, c’est dur, et c’est déroutant. C’est un tel rabat-joie. Mais, ça permet de se débarrasser de la petite voix. Parce qu’au moins j’essaie de faire la bonne chose au lieu de la chose merdique, et je dois dire, mec, la petite voix ne me manque pas.

The Good Place, Saison 2

Que se passe-t-il quand nous écoutons cette petite voix dans la tête ? Eh bien, nous nous alignons sur notre dieu intérieur et obtenons ainsi un bon démon, c’est-à-dire l’eudaimonia (eu = bien, vrai ; daimonia = daimôn), le bonheur. Avoir un bon démon, c’est être heureux, vertueux.

Un auguste esprit réside. à l’intérieur de nous-mêmes, qui observe et contrôle le mal et le bien de nos actions.
Sénèque, Lettre 41 (2)

Comment prendre soin de son daimôn ?

Il existe plusieurs exercices spirituels pour prendre soin de votre daimôn et approcher l’eudaimonia.

  1. Écoutez votre voix intérieure

Le daimôn est notre dieu intérieur, le fragment du dieu plus grand qu’est l’univers. Le premier exercice est de prendre conscience de cette essence divine qui est en nous.

Pratique :
Pendant au moins un après-midi, ralentissez le rythme, déconnectez-vous des écrans, allez dans la nature, faites de la méditation, du sport, de la contemplation… L’idée est ici de créer un espace mental où votre voix intérieure est libre de s’exprimer, loin du flux quotidien d’informations. Quand vous êtes dans cet état, écoutez votre voix intérieure et notez les conseils qui peuvent survenir.

2. Développez votre intuition

Une fois que vous avez pris conscience de l’existence de votre daimôn, entraînez-vous à l’écouter au quotidien.

Pratique
Instaurez dans votre routine une pratique destinée à faire émerger régulièrement votre voix intérieure (méditation, yoga, marche, contemplation, écriture, autohypnose…). Progressivement, offrez de plus en plus de place à votre démon. Selon le bon conseil de Rudyard Kipling, « lorsque votre démon est en charge, n’essayez pas de penser consciemment. Laissez-vous aller, attendez et obéissez. »

3. Parlez à votre daimôn

Pratique
Saluez votre daimôn le matin (je te salue dieu intérieur et m’engage à honorer ta présence par des actions vertueuses) , soyez conscient de sa présence en journée, remerciez-le le soir lors de l’examen de conscience (merci de m’avoir permis de bien agir, éviter de mal agir et de veiller sur moi…).

4. Honorez votre daimôn

Pratique
Le mode de vie philosophique est une façon d’honorer son daimôn. Plus concrètement, la piété de votre Raison/daimôn peut aussi s’exprimer par des remerciements réguliers envers le bon fonctionnement de votre propre Raison et par de la gratitude au réveil envers la présence de votre Raison dès que vous ouvrez les yeux.

Les pratiques autour du daimôn ne sont pas très explorées dans le stoïcisme contemporain. Elles sont néanmoins intéressantes pour celles et ceux qui possèdent un sentiment religieux, un désir d’exploration intérieur et de connexion à plus grand que soi. Les stoïciens contemporains dits « traditionnels », comme Chris Fischer, explorent ce thème dans leur pratique et leurs études.

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